Durée : 1h45mn
Titre original : La donna della domenica
Ce polar un peu trop bavard a le mérite d’évoquer les nombreuses oppositions de classe dans l’Italie des années de plomb. Intéressant, sans être passionnant.
L’argument : Un célèbre architecte est assassiné à l’aide d’un phallus en pierre. Le commissaire Santamaria, à la suite d’un quiproquo, est mis sur la piste d’une jeune femme mariée à un grand industriel et de son ami homosexuel qui s’amusent, dès lors, à aider la police dans ses investigations...
Notre avis : Avec son affiche alléchante et son histoire policière très classique, La femme du dimanche (1976) cache finalement plutôt bien son jeu puisque c’est en fait à une analyse de la société italienne des années de plomb que nous convie le cinéaste Luigi Comencini. Le scénario oppose sans cesse les membres de la haute société industrielle turinoise - raffinés et à la perversité bien dissimulée - au bas peuple : ainsi, les élites habitent dans de vieilles demeures juchées sur les collines, à l’écart d’une populace qu’elles considèrent comme de la vermine, tandis que les individus lambda se situent dans la plaine, au milieu des putes et des maquereaux. La géographie des lieux est déjà en elle-même symbolique de cette fracture entre classes sociales. De même, le commissaire, prolétaire par définition, ne fera qu’une furtive incursion dans cet univers confiné, perturbant à peine le quotidien de cette bonne société repliée sur elle-même. Témoin du déclin de cette aristocratie gangrénée par le vice et l’argent, Comencini signe donc un film politique amer où personne ne peut s’affranchir de ses origines. Autre élément révélateur, le personnage de l’homosexuel incarné avec justesse par Aldo Reggiani est forcément voué à la mort, tandis que sa disparition arrange très clairement son amant, un Jean-Louis Trintignant embarrassé par son attirance pour cet homme d’un rang inférieur.
D’une belle profondeur thématique, La femme du dimanche souffre pourtant de nombreux défauts majeurs. Tout d’abord, son enquête policière avance à la vitesse de l’escargot pour finalement s’achever de manière précipitée dans les quinze dernières minutes. Le spectateur aura eu tout loisir de se rendre compte de l’inefficacité d’une police qui ne cherche jamais à fouiner du côté des affaires immobilières de l’architecte, alors que la logique le voudrait. Autant dire que l’intrigue policière est secondaire dans cette œuvre trop bavarde et un peu longuette. Ensuite, de nombreuses scènes semblent inutiles ou peu appropriées, tandis que la musique d’Ennio Morricone est un rien lassante. Heureusement, la beauté très aristocratique de Jacqueline Bisset, ainsi que le charme latin de Marcello Mastroianni opèrent sans problème et permettent de compenser les faiblesses de ce faux polar, bien plus intéressant par son approche de la société italienne que par ses quelques rebondissements.

Ses films sur l’enfance ont fait de ce réalisateur un grand nom du cinéma transalpin.