Accueil > Les réalisateurs > A > Asher, Hagar Ben > La femme qui aimait les hommes - la critique

La femme qui aimait les hommes - la critique

Prenez garde à la sainte putain

Acheter sur Priceminister

Premier long-métrage rigoureux et d’une lenteur hypnotique, La femme qui aimait les hommes est une œuvre exigeante sans cesse sur le fil du rasoir. A découvrir.

L’argument : Tamar, belle jeune femme de 35 ans, vit seule avec ses deux fillettes. Toutefois, elle ne peut refréner son appétit sexuel et se donne à plusieurs hommes du village. Shai, un jeune vétérinaire, revient s’installer dans la région et tombe rapidement sous le charme de Tamar. Une relation amoureuse naît rapidement entre eux. Mais Tamar pourra-t-elle se contenter d’un seul partenaire ?

Notre avis : Remarquée dès son court-métrage de fin d’études Pathways, présenté à Cannes, la réalisatrice israélienne Hagar Ben Asher a pu développer le scénario de son premier long dans le cadre de la résidence Cinéfondation du plus prestigieux festival de cinéma au monde. Résultat de cette ébullition créatrice, La femme qui aimait les hommes, titre bien plus policé que la version internationale (The slut, soit « la salope »), est un premier film exigeant qui ne cherche pas à séduire le grand public, ni même à le prendre par la main. Dès les premiers plans sur de vastes paysages désertiques, le décor à lui seul s’impose comme un véritable manifeste esthétique : la réalisatrice s’inscrit dans la filiation de cinéastes rigoureux comme Robert Bresson ou encore Ermanno Olmi pour qui la contemplation est plus importante que les ressorts dramatiques de l’intrigue. On retrouve par ailleurs ici la volonté bressionienne de se concentrer avant toute chose sur les actes des personnages plutôt que sur une éventuelle psychologie. Suivant leurs instincts primaires, les protagonistes de The slut ne semblent pas vraiment réfléchir aux implications de leurs actes et se comportent bien plus comme des automates que comme des êtres dotés de raison.
Ainsi, on se demande pendant longtemps ce que cette femme peut trouver de gratifiant dans le fait d’être une femme-objet contentant tous les mâles en rut de la région. Si l’on penche d’abord pour la thèse d’une possible exploitation par les hommes de sa situation familiale délicate, la réalisatrice finit par contredire cette théorie et nous fait peu à peu pencher pour la nymphomanie pure et simple. Lorsque l’histoire d’amour entre cette femme facile et un vétérinaire prend forme, le spectateur se dit qu’il va assister à une salvatrice rédemption par les sentiments. Pourtant, là encore, la réalisatrice préfère contourner l’écueil de la romance bêtifiante par le sordide d’une situation finale qui glace les sangs. Inconfortable de bout en bout, La femme qui aimait les hommes fait le pari presque fou de prendre sans cesse le spectateur à rebrousse-poil. Ainsi, le seul personnage vraiment sympathique du vétérinaire se rend coupable d’un acte abominable dans un retournement de situation final qui plonge le spectateur dans un malaise persistant après la projection. Alors que les personnages ne cessent d’évoquer l’amour, les différentes scènes de sexe sont filmées avec une crudité qui leur enlève toute puissance d’évocation érotique (certaines séquences comportent même des actes explicites et non simulés). De même, la multiplication des symboles liés à la fécondité (la jeune femme travaille dans une usine d’œufs) sont sans arrêt remis en cause par l’aridité d’un paysage à la stérilité manifeste.
Erigeant la contradiction comme manifeste esthétique, Hagar Ben Asher était certaine de ne pas faire l’unanimité. Très lent, souvent contemplatif, parfois volontairement mécanique dans sa description d’un quotidien morne, son premier film risque bien de laisser plus d’un spectateur perplexe. Nous saluerons pour notre part son courage et son engagement dans une voie certes radicale, mais ô combien enthousiasmante pour peu qu’on se laisse emporter par cette proposition d’un cinéma battant en brèche tous les clichés.

Virgile Dumez


Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis