Durée : 1h35mn
Anne Fontaine fait basculer la comédie de mœurs solaire vers l’inéluctable drame avec finesse, sans pour autant transcender un script plutôt prévisible.
L’argument : Bertrand, avocat d’assises. Brillant. Médiatique. Volubile. Cultivé. Cérébral. Compliqué. Pas très très courageux. Aime les femmes, surtout pour leur parler. Fraîchement arrivé à Monaco pour y assurer la défense d’une meurtrière septuagénaire. Christophe, agent de sécurité chargé de la protection de Bertrand. Franc. Direct. Taciturne. Sportif. Etudes interrompues en cinquième. Aime les femmes sauf pour leur parler. Admire chez les autres la culture et la maîtrise du langage qui lui font défaut. Audrey, présentatrice météo sur une chaîne câblée à Monaco. Ambitieuse. Culottée. Sexy. Incontrôlable. N’a pas du tout l’intention de réciter le bulletin météo pendant longtemps. Comprend assez mal le sens de certains mots, notamment "limites", "tabous", et "scrupules". Il aurait mieux valu que ces trois-là ne se rencontrent pas...
Notre avis : Prenez La femme et le pantin de Duvivier et L’année des méduses de Christopher Frank, mixez leur goût pour la manipulation juvénile et leur fascination masculine pour la déesse des amours, et vous obtiendrez un arrière-goût du dernier Anne Fontaine, une comédie dramatique pyramidale, portée par un formidable trio de comédiens, tous trois à l’unisson.
Toujours aussi perspicace dans le développement psychologique des figures qu’elle met en scène, la cinéaste propulse un avocat star (Fabrice Luchini), en plein procès à Monaco, dans les griffes d’une femme fatale (Louise Bourgoin), forcément manipulatrice, qui fut jadis l’amante de son garde du corps (Roschdy Zem). Une relation trouble s’établit entre les trois personnages, qui, de la comédie ensoleillée, vire progressivement au drame cathartique, à la fois charnel et social.
L’avocat qu’incarne à merveille Luchini, à la base si sûr de lui de par son statut social et son aisance rhétorique, connaît une initiation tardive, quasi providentielle, aux plaisirs sensuels, lorsqu’une présentatrice d’une chaîne locale se jette insolemment dans ses bras. L’acteur quinquagénaire apparaît alors désarmé, le regard guimauve et la bouche bée ; il redevient un adolescent transi, amouraché de la féminité pure, pour laquelle il pourrait perdre la boule et ainsi faire de grosses bêtises. Dans le rôle de la nouvelle Bardot (le rapprochement est inévitable), Louise Bourgoin irradie l’écran. Sa fraîcheur et sa candeur, son naturel lumineux et bouillonnant font d’elle un sex-symbol instantané, à peine maculé par la simplicité d’esprit de son rôle qui pourrait faire d’elle, ni plus ni moins, qu’une belle bécasse. Evidemment, face aux dangers de la prédatrice avide de vie et de gloire, le garde du corps veille. Tout aussi physique et intellectuellement humble que son ex, le protecteur joué par l’animal Roschdy Zem, confère mystère et droiture à sa fonction alors que s’établit une relation trouble entre son patron et lui. Un rapport quasi sadomasochiste qui n’est pas sans rappeler, à un degré moindre, celle qu’établissait Bernard Rapp entre l’industriel joué par Giraudeau et son cuisinier dans Une affaire de goût.
Avec une élégance visuelle et un sens très écrit du détail, Anne Fontaine prépare le glissement irrémédiable vers le drame. Mais, sans chercher à bousculer qui que ce soit dans son confort bourgeois ou à transcender un script finalement assez conventionnel, l’auteure dérangeante de Nettoyage à sec passe à côté d’un film à quatre étoiles pour ne livrer qu’un divertissement très correct, tout à fait ensoleillé bien qu’orageux en fin de métrage.
Ambiguïté et secret, dans une cinématographie complexe et délicate.
Par Norman06
Après un début qui laisse présager le pire (décor en fond d’écran de la place du Casino de Monte-Carlo, comme dans un film des années 50, numéro pathétique de Jeanne Balibar), le récit prend ses marques dans un suspense psychologique habile. Le décor de Monaco, aussi improbable que celui de Bruges pour une histoire criminelle, révèle le second degré pince-sans-rire de Anne Fontaine. Si Luchini fait le minimum syndical, Louise Bourgoin est une révélation et on regrettera les trop rares apparitions de la grande Stéphane (...)