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La grammaire intérieure - la critique

Je déprime, tu déprimes, il déprime...

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Adapté d’un célèbre roman de David Grossman, ce très beau film israélien s’impose comme une œuvre importante par la portée universelle de son message et par l’émotion à fleur de peau qui s’en dégage.

L’argument : Jérusalem, début des années soixante. Cela fait trois ans que le jeune Aaron Kleinfeld, pourtant au seuil de la puberté, n’a pas pris un centimètre. Peut-être qu’une de ses glandes est atteinte, expliquant son retard de croissance. Ou alors, serait-ce sa peur de grandir et de devenir comme ses parents, un couple sans affect ni amour, pour lequel sexualité ne rime qu’avec saleté et vulgarité ? Ou encore, sa sensibilité d’artiste, qui refuse d’obéir à la pression collective, l’appelant sans cesse à grandir ? Mais Aaron fait peut-être tout simplement partie de ces jeunes qui ont besoin de plus de temps. Le processus de croissance va probablement reprendre d’ici peu, si seulement le monde n’était pas si pressé. Mais nul n’a le temps d’attendre...

Notre avis : Après un premier film très remarqué en 2002 (Broken Wings qui a glané un nombre impressionnant de prix, dont neuf récompenses aux Israeli Awards, les César israéliens), le cinéaste Nir Bergman nous revient quelques années et quelques séries télévisées plus tard avec l’adaptation d’un roman très célèbre de l’écrivain David Grossman. Considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs écrivains israéliens, ce dernier a publié Le livre de la grammaire intérieure en 1991 à partir d’un postulat qui rappelle celui du Tambour de Günter Grass. Tout comme dans ce livre, adapté brillamment au cinéma par Volker Schlöndorff, un jeune garçon d’une dizaine d’années souffre d’un mal incompréhensible qui l’empêche de grandir normalement. Interrompu dans son processus de croissance, le petit garçon découvre avec stupeur ce qu’il en coûte de différer de la norme imposée par une société fondée sur des règles immuables. Avec un regard de plus en plus distancié au fil des années, le gamin perçoit avec encore plus d’acuité l’hypocrisie dans laquelle se complaît le monde des adultes et en tire des leçons de plus en plus amères.
Volontairement situé dans les années 60, période considérée comme un âge d’or par bon nombre de citoyens israéliens, l’intrigue de La grammaire intérieure n’évoque jamais de front les tensions qui régnaient alors dans le pays, mais parvient à faire ressentir le malaise grandissant d’une société coincée entre le douloureux souvenir de la Shoah et l’inconfort de sa situation géopolitique. Si aucun événement politique n’affleure dans le long-métrage, la tension de plus en plus palpable au sein de la famille du petit garçon se fait l’écho d’un mal de vivre généralisé. Les adultes, prisonniers d’une société très normative, souffrent en silence et refusent d’affronter la réalité de leur situation de peur de se voir exclus de la communauté. Alors que les parents refusent de montrer au monde la désagrégation de leur couple, ils reportent leur malheur sur leurs enfants en leur faisant porter le terrible fardeau du silence (on ne parle pas des camps de concentration, ni de la perte des proches, mais leur absence devient finalement un poids plus lourd à porter). Si l’on peut chercher dans le destin de ce gamin qui refuse de grandir une métaphore d’un Etat jeune, incapable de prendre ses responsabilités en affrontant la réalité, le long-métrage de Nir Bergman préfère se concentrer sur le parcours initiatique du jeune Aharon.
Avec une sensibilité à fleur de peau qui finit par bouleverser le spectateur, Nir Bergman décrit une enfance blessée, meurtrie et livrée à elle-même par des parents qui n’ont pas appris à écouter leurs proches. Peu à peu, l’aspect légèrement comique du début fait place à une ambiance lourde d’où sourd un véritable malaise. La dernière demi-heure, marquée par des conflits familiaux de plus en plus saillants, sombre même dans un mode dépressif qui laisse le spectateur abasourdi. Les réflexions désabusées de l’éternel enfant résonnent alors comme de terribles sentences qui condamnent irrémédiablement le monde des adultes. Dans un dernier geste que le cinéaste nous laisse libre d’interpréter, l’enfant tire sa révérence et ses dernières paroles résonnent en nous longtemps, signe que nous venons d’assister à la projection d’un très grand film.

Virgile Dumez




Les avis des internautes

 

La grammaire intérieure - la critique

Par jojojo

vu le film en avant première hier soir. beaucoup d’émotions. on en sort un peu changé. Très bien filmé. Les personnage sont très attachants

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