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Durée : 1h25mn
Titre original : Bluebeard’s Eighth Wife
Année de production : 1938
Une lune de miel mouvementée. L’âge d’or de la comédie américaine et la quintessence de la Lubitsch touch.
L’argument : Milliardaire américain en vacances sur la Côte d’azur, Michael Brandon fait dans un magasin la connaissance de Nicole de Loiselle, dont le charme mutin ne le laisse pas indifférent. Il entreprend alors de la séduire, mais celle-ci découvre alors que Michael a déjà été marié sept fois. Elle décide alors de lui enseigner une bonne leçon, en acceptant de l’épouser mais en jouant ensuite l’indifférente. Combien de temps pourront-ils rester mariés ?
Notre avis : Sur un scénario de Billy Wilder, adaptant une pièce à succès, La huitième femme de Barbe-bleu est un modèle de comédie de l’âge d’or hollywoodien. Évacuons d’emblée les deux réserves, liées au contexte technique, financier et culturel de l’époque, et qui pourront tempérer l’enthousiasme : en premier lieu, bien que situé à Nice et mettant en scène des personnages français, la langue de Shakespeare reste la norme tout au long du film et aucun comédien, à l’exception de Claudette Colbert, ne s’avère d’origine française. Mais il est clair que l’époque des coproductions n’était pas de rigueur et après tout, les héros grecs et romains ne manient-ils pas à merveille l’alexandrin dans les tragédies de Racine et Corneille ? Par ailleurs, les jeux du langage sont admirablement mis en exergue par Wilder et Lubitsch, à l’instar de cette pancarte de magasin signalant dès les premières images « Hier wird deutsch gesrprochen. Hablamos espanol. Parliamo italiano. English spoken », un autre plan rajoutant « American understood »... La seconde réserve vient de l’usage abusif de la technique de transparence, laissant à penser que Claudette Colbert et Gary Cooper déambulent sur les plages de la Promenade des Anglais ou le long du Pont Charles à Prague, quand les deux stars sont en fait localisés dans les Studios Paramount... Mais ne nous prêtons pas davantage à la critique technique rétroactive, car La huitième femme de Barbe-bleu est un bijou de finesse et d’élégance. On sait que Lubitsch et d’autres cinéastes de son temps ont dû contourner la rigidité du Code de censure Hays par tout un art de la suggestion : du quiproquo initial révélant un milliardaire excentrique voulant n’acheter que le haut d’un pyjama aux brimades de son épouse le contraignant à faire chambre à part, en passant par une mémorable fessée administrée à la suite de la lecture de La Mégère apprivoisée, Lubitsch cultive avec brio le symbole et la métaphore sexuels. Quant à sa fameuse « touch », elle s’apprécie au détour de plans surprenants (directeur de magasin vêtu lui-même d’un seul haut de pyjama, vieux noble aboyant pour simuler la folie et être reçu par un centre psychiatrique qu’il veut racheter), modèles d’épure comique dont devraient se souvenir bien des auteurs de comédies contemporaines. Ce film est en outre l’occasion pour Lubitsch d’évoquer, bien avant To be or not to be, certains déboires politiques internationaux, en l’occurrence la Tchécoslovaquie. Soulignons enfin le jeu remarquable des comédiens. Cinq ans après Sérénade à trois, sur le thème du triangle amoureux, Gary Cooper confirmait son talent dans le registre léger, même si on peu lui préférer les compositions plus nuancées de Cary Grant. Dans des seconds rôles savoureux, Edward Everett Horton (irrésistible excentrique hollywoodien) et David Niven excellent à montrer les compromissions d’une noblesse désargentée. Quant à Claudette Colbert, elle compose avec délicatesse un personnage partagé entre la manipulation et l’aspiration au bonheur, anticipant son rôle dans La baronne de minuit.
