D’une implacable austérité, ce premier film sur la dépression d’une mère de famille dépassée sait créer un certain malaise, mais ne parvient pas à impliquer le spectateur à cause de trop nombreuses ellipses narratives.
L’argument : Une femme fragile et désorientée est écrasée par les problèmes de sa vie quotidienne. Ses biens sont saisis, sa boutique est fermée, l’avenir de ses deux enfants devient incertain. Leur vitalité contraste avec l’apathie de leur mère. Peu à peu elle se laisse envahir par une profonde dépression.
Notre avis : Formé sur le terrain en tant qu’assistant metteur en scène du Mexicain Carlos Reygadas, le jeune espagnol Pedro Aguilera a gardé de son maître la volonté de tendre vers une sorte d’épure cinématographique. Son passage à la réalisation est donc marqué par un style réaliste qui contraste fortement avec l’aspect désincarné de l’histoire qu’il voudrait nous raconter - à savoir la déliquescence d’une société moderne incapable d’offrir un avenir radieux à ses enfants. Constitué d’instantanés de la vie quotidienne d’une mère de famille qui, accablée de problèmes, sombre dans une terrible dépression, le film ne parvient malheureusement pas à pénétrer au coeur de cet être tourmenté par absence totale de psychologie. Par de longs plans séquences fixes, le cinéaste se contente de suivre physiquement ce personnage désespéré, ainsi que ses deux enfants. Ainsi, on ne comprendra jamais vraiment les causes profondes de ce malaise, même si l’auteur lance parfois quelques pistes.
Ennuyeux pendant plus de trois quarts d’heure, La influencia parvient toutefois à créer un certain malaise dans sa deuxième partie, toujours aussi sobre, mais davantage intrigante. Les dernières séquences, forcément terribles, achèveront de décontenancer le spectateur sans pour autant le bouleverser. Habile pour instiller une ambiance plombante, Pedro Aguilera signe donc un premier film maîtrisé sur le plan formel, mais qui peine à faire sens de par la trop grande profusion d’ellipses narratives et l’évidente inexpérience d’acteurs non professionnels qui ne semblent être que des « modèles » au sens bressonnien du terme. Au final, La influencia est une première oeuvre inégale qui nous révèle un jeune talent ne demandant qu’à s’épanouir dans un futur métrage.