La luna

Attraction des(astre)

- Durée : 2h22mn
- Sortie française : 3 octobre 1979

En sondant les rapports troubles et incestueux entre une mère et son fils, Bernardo Bertolucci signe une oeuvre intimiste à la fois audacieuse, passionnelle et douce. Du grand art.

L’argument : Caterina, célèbre cantatrice, quitte définitivement l’Amérique à la mort de son mari. Elle part s’installer en Italie avec son fils Joe, un adolescent qu’elle laisse livré à lui-même. Lorsqu’elle découvre, avec effroi, que Joe se drogue, elle comprend qu’elle a été trop négligente et décide de s’occuper de lui.

Notre avis : Venant tout juste d’achever l’éprouvant tournage de sa monumentale fresque politico-sociale 1900, le réalisateur Bernardo Bertolucci tient à s’atteler à un projet bien moins pharaonique et désire signer une oeuvre très personnelle sur les relations troubles entre une mère et son fils. Habituellement préoccupé par la figure paternelle, l’auteur l’évacue ici dès les premières minutes du métrage et se concentre sur les rapports conflictuels entre une diva égocentrique dont la carrière passe avant tout et son jeune adolescent en manque de re(père).
Grâce à la sublime photographie de Vittorio Storaro magnifiant les paysages italiens, mais aussi aux mouvements de caméra très fluides qui enveloppent les personnages, La luna est un magnifique poème, à la fois caressant et terriblement dérangeant. Malaise lorsque cette mère absente devient de plus en plus présente, malaise aussi lorsqu’elle donne à son enfant tant d’amour qu’elle finit par développer avec lui une relation incestueuse. Pourtant, Bertolucci ne tombe jamais dans le voyeurisme putassier ou dans la provocation gratuite : ces actes sont bien ceux d’une femme désespérée cherchant à tout prix à sauver son fils de l’enfer de la drogue. Soufflant sans cesse le chaud et le froid, le métrage, sous ses allures chaleureuses, se révèle diablement inconfortable, sans qu’aucun jugement ne soit jamais porté sur les protagonistes.
Seule échappatoire dans cet enfer privé, l’opéra. La musique de Verdi ne cesse de résonner tel un leitmotiv lancinant avant d’exploser lors d’un final bouleversant qui emporte le spectateur vers une salvatrice catharsis. Le tout est porté par l’interprétation audacieuse de Jill Clayburgh et du jeune Matthew Barry, absolument prodigieux en adolescent mal dans sa peau (ce dernier a depuis embrassé la profession de directeur de casting). Les rôles secondaires sont également pour beaucoup dans le plaisir infini que l’on prend à assister à ce terrible drame : Tomas Milian pour une fois tout en retenue irradie les séquences finales, ainsi que la grande Alida Valli. De quoi faire de cette oeuvre introspective un des chefs d’oeuvre du maître italien.


Le DVD
Une édition indispensable de deux oeuvres intimistes majeures d’un maître du cinéma italien.

Les suppléments

Bernardo Bertolucci nous gratifie d’un long entretien d’une demi-heure où il livre de nombreuses clefs de lecture de son film, notamment de nombreux symboles employés, de l’importance capitale de la musique de Verdi et des changements intervenus lors du tournage par rapport à un scénario plus timoré. Le dernier module est constitué par une analyse de Jean Narboni, essayiste qui ne nous apprend pas grand chose et qui se contente de quelques pistes superficielles. Mais le supplément de choix du coffret est de nous offrir La tragédie d’un homme ridicule, autre film majeur d’un cinéaste alors très inspiré.

Image & son

Sans être totalement parfaite, l’image de La luna est tout de même resplendissante et met en avant le formidable travail de Vittorio Storaro, notamment lors des séquences lumineuses, de toute beauté. Les pistes sonores en VF et VO en stéréo sont bonnes dans l’ensemble, même si les cinéphiles privilégieront la version originale, plus naturelle et équilibrée.

Virgile Dumez

Biographie

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Il a eu ses heures de gloire dans une filmographie en dents de scie, il nous a émus souvent, son déclin n’en est que plus poignant.

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