Année de production : 1973
D’une belle efficacité, ce film de maison hantée profite d’un script abouti de Richard Matheson et d’une ambiance anxiogène qui compensent en partie les faiblesses de rythme.
L’argument : Afin de découvrir les mystères de "la maison des damnés", une équipe composée d’un couple de physiciens, d’une médium et d’un survivant s’enferme pendant une semaine dans cette maison d’où l’on ressort soit mort, soit fou.
Notre avis : Alors qu’il fut un fondateur de la compagnie de production AIP (American International Pictures) en 1956 avec Samuel Z. Arkoff, le producteur James H. Nicholson décide de quitter son poste au début des années 70 pour fonder son propre studio. Il emporte sous le bras le projet de La maison des damnés, adaptation par son auteur lui-même d’un roman de Richard Matheson (Je suis une légende). La production est donc assurée par Nicholson en partenariat avec la Twentieth Century Fox qui en effectue la distribution. Délocalisé en Angleterre pour des raisons de coût, le tournage est intégralement réalisé par une équipe britannique, sous la direction de John Hough. Ce dernier est un technicien hors pair issu de la télévision (il a tourné des épisodes de la série culte Chapeau melon et bottes de cuir) qui a poursuivi sa carrière en alternant films d’horreur (Les yeux de la forêt, Incubus) et productions familiales pour la firme Disney avec des résultats inégaux dans les deux cas. Ici, il s’est entouré d’un casting éclectique qui comprend l’excellent Roddy McDowall (plus connu sous son masque de Cornelius de La planète des singes), le néo-zélandais Clive Revill et les deux hôtesses de charme que sont Gayle Hunnicutt (La valse des truands en 1969) et Pamela Franklin (Les innocents).
Si le film s’inscrit pleinement dans la vague horrifique initiée par L’exorciste (William Friedkin, 1973) avec notamment l’idée de possession démoniaque, les auteurs se sont davantage inspirés du chef d’œuvre de Robert Wise La maison du diable (1962). On retrouve ici la même idée d’une maison hantée qui fait l’objet de la curiosité d’une équipe de scientifiques et de médiums. Les premiers cherchent à accumuler des preuves de l’explication rationnelle des évènements qui s’y déroulent, tandis que les seconds tentent de lutter contre des forces obscures qui les dépassent. Le spectateur est quant à lui partagé entre son désir profond d’explication scientifique et son goût pour le surnaturel. Toutefois, Hough ne joue pas trop la carte de l’ambiguïté et dévoile assez rapidement ses cartes en multipliant les séquences chocs avec objets possédés et portes qui claquent.
Malgré l’utilisation parfois abusive de certains clichés du film de maison hantée et le manque évident de morts (le bodycount est très limité), La maison des damnés distille une ambiance angoissante palpable à chaque seconde. Les effets sonores synthétiques de Brian Hodgson et Delia Derbyshire sont pour beaucoup dans cette atmosphère anxiogène. Peu à peu, le long-métrage épaissit le mystère qui plane autour de cette force invisible et Richard Matheson parvient à créer un véritable suspense avant d’arriver à la révélation finale, un twist aussi efficace que bienvenu. Considéré aujourd’hui comme un petit classique des années 70, La maison des damnés n’est certainement pas le meilleur film de maison hantée, mais il procure suffisamment de frissons pour s’imposer comme un divertissement de bonne tenue.
