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La malédiction

666 façons de mourir

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- Durée : 1h51mn
- Titre original : The omen

Plutôt que son remake [1], il faut redécouvrir cet efficace thriller surnaturel qui privilégie l’ambiance à l’horreur graphique.

L’argument : Un diplomate américain, à la mort de son nouveau-né, décide d’adopter un bébé orphelin, sans le dire à son épouse. En grandissant, l’enfant nommé Damien se révèle être un étrange gamin. Autour de lui, des événements tragiques surviennent et l’ambassadeur se pose de plus en plus de questions sur l’origine exacte du bambin.

Notre avis : Surfant sur la vague millénariste initiée par le triomphe mondial de L’exorciste (1973) de William Friedkin, les producteurs ont mis en chantier cet énième ersatz du film d’horreur diabolique. Richard Donner, plus connu alors pour ses réalisations télévisuelles, prend le parti de tourner un film très réaliste à partir d’un sujet surnaturel afin d’ancrer la fiction dans le réel. Il installe une atmosphère de suspicion dès le début et parvient à créer une ambiance mystérieuse entretenue par la musique inquiétante de Jerry Goldsmith (qui a obtenu l’Oscar pour ce film).
La malédiction (1976) est, avant toute chose, un thriller qui mène son spectateur par le bout du nez durant toute la première partie. Les amateurs de films d’horreur resteront quant à eux sur leur faim puisqu’on ne comptabilise que fort peu de morts et on note une absence totale de sang. Pourtant, les quelques séquences horrifiques (avec les babouins, la mort du prêtre et la décapitation) sont graphiquement très intéressantes et efficaces.
Mais le plus marquant est ce manque volontaire de second degré et cette approche si frontale de la mise en scène. Ainsi, chaque séquence est fonctionnelle et sert à faire avancer une intrigue parfaitement huilée. Cette sécheresse est renforcée par le jeu massif de Gregory Peck, impérial dans le rôle d’un homme qui perd tout ceux qu’il aime. David Warner est également très convaincant dans le rôle du journaliste fouineur. Enfin, le cadre européen (les événements contés se passent à Rome et à Londres) renforce l’impression d’étrangeté qui se dégage du film. Le succès remporté par ce produit calibré a permis la réalisation de deux suites malheureusement plus inégales et de quelques téléfilms qui essayent en vain d’exploiter la franchise. On attend maintenant de pied ferme le remake réalisé par John Moore, prévu pour le mois de juin 2006.


Le DVD


Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Dans cette (ré)édition collector, le bon côtoie le mauvais avec une aisance déconcertante. On se régalera des commentaires audio de Richard Donner, dont la gouaille et la bonne humeur font merveille dans ce genre d’exercice. On appréciera aussi la leçon délivrée par l’immense Jerry Goldsmith, Oscar de la meilleure musique de film pour cette composition. En outre, un documentaire de plus de quarante minutes revient sur la genèse de ce projet au succès inattendu. S’il y a très peu d’images de tournage, les anecdotes sont suffisamment intéressantes pour maintenir en haleine le téléspectateur. Par exemple, on est épaté de savoir que Richard Donner a compté le nombre de secondes (trois en fait) pendant lesquelles le public se cache les yeux afin d’éviter un plan trop horrible. Ainsi, il a rallongé au montage la décapitation de quelques secondes pour être sûr que l’audience verrait la tête rouler par terre. On est en revanche un peu déçu par la soi-disant scène coupée, pas complètement tournée, et par les explications un peu désabusées de Donner. Même sentiment avec le bonus de Wes Craven qui décrit plus qu’il analyse le travail de son collègue. Enfin, les six minutes sur les incidents étranges qui se sont produits lors du tournage relèvent plus d’une chronique dans France Dimanche...

Image & son : Excellente rénovation pour ce classique de l’épouvante. La précision est de mise ainsi que les couleurs dont l’éclat d’antan a été remis au goût du jour. Le DD 5.1 est parfait pour faire hurler les chants grégoriens de Jerry Goldsmith : à la fois puissants et pénétrants.

Edgar Hourrière, Virgile Dumez

[1] The omen 666 de John Moore, avec Liev Schreiber et Julia Stiles, sortie le 7 juin 2006