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La mère (1926) - la critique

Vive la révolution !

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Tout bonnement l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma !

L’argument : Une mère parvient à faire évader son fils arrêté par la police tsariste pour ses activités subversives.

Notre avis : Grand théoricien du montage à l’instar de son compatriote Eisenstein, Vsevolod Poudovkine frappe un grand coup lorsqu’il s’attaque en 1926 à un classique de la littérature russe contemporaine : La mère de Maxime Gorki. Ce roman, publié en 1907, évoque effectivement les révolutions avortées de 1905 et la sanglante répression menée par les troupes tsaristes vue à travers le destin tragique d’une famille d’ouvriers. En s’intéressant de près aux mécanismes qui enclenchent un processus révolutionnaire, Poudovkine entend servir le régime bolchevik en place en faisant du peuple la matrice de la révolte. Même si cette orientation idéologique sert à construire le mythe de la révolution spontanée (alors que la révolution d’Octobre a été entièrement planifiée par un groupe structuré), Poudovkine parvient à s’affranchir de la propagande d’Etat en s’intéressant aux mouvements de 1905 et non à ceux de 1917.
Si le spectateur contemporain s’amusera de la présentation caricaturale des personnages (les bourgeois sont systématiquement ridiculisés), il pourra également apprécier la clairvoyance d’un auteur qui démontre la collusion effective entre l’armée et le grand patronat afin de préserver l’ordre établi et les élites de la nation russe. De même, le peuple n’est pas toujours présenté sous un jour favorable. Au milieu d’un grand nombre d’ivrognes aux trognes pittoresques, on peut également distinguer des ouvriers casseurs de grève. L’auteur démontre ainsi avec une belle acuité comment les élites parviennent à se protéger de la masse ouvrière en divisant les travailleurs entre eux. D’ailleurs, Poudovkine multiplie les prises de vue en contre-plongée lorsqu’il filme les aristocrates, bien installés sur leur piédestal, tandis que la masse salariale est systématiquement vue en plongée, comme écrasée par le poids des grands de ce monde.
Mais la puissance évocatrice de La mère est avant tout le fruit d’un travail impressionnant sur le montage. En associant des images apparemment sans rapport, le cinéaste crée de magnifiques métaphores visuelles qui submergent le spectateur. Composé comme un morceau de musique avec des thèmes et des motifs qui reviennent à intervalles réguliers, le montage a pour but de nous entraîner pas à pas vers un final cathartique s’incarnant dans la charge des troupes tsaristes contre le peuple désarmé. Alors que tous les malheurs et toutes les injustices du monde se sont abattus sur cette mère et son fils durant la totalité de la projection, leur aventure révolutionnaire résonne comme une revanche qui ne peut que bouleverser le spectateur. Dès lors, leur inévitable mort pendant la charge des militaires, au lieu de signer la fin de la révolution, magnifie leur courage et leur dévouement à la cause du peuple. Devenus des martyrs pour l’éternité, leur souvenir nous hante longtemps après la projection. Poudovkine, non content d’avoir réalisé l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, a également immortalisé la geste révolutionnaire.

Virgile Dumez


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