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La nuit de l’iguane - la critique

A l’hôtel des âmes brisées

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- Durée : 2h05mn
- Titre original : The night of the iguana

Film littéraire, La nuit de l’iguane est un chef-d’œuvre mêlant désirs inavouables, blessures intimes et poésie. Du grand Tennessee Williams.

L’argument : Un prêtre défroqué et alcoolique répondant au nom de Shannon s’est reconverti en guide de voyages organisés au Mexique. Il va être tour à tour tenté par une jeune fille délurée, une femme fatale et une artiste bohème.

Notre avis : Tennessee Williams fut dans les années 50 et 60 un réservoir littéraire inépuisable dans lequel les cinéastes les plus prestigieux ont puisé leur inspiration. Ainsi, Un tramway nommé Désir (1951) d’Elia Kazan ; La chatte sur un toit brûlant (1958) de Richard Brooks ou Soudain l’été dernier (1959) de Joseph L. Mankiewicz comptent encore de nos jours parmi les meilleurs films de leurs auteurs respectifs. En 1964, John Huston décide lui aussi de se frotter à l’œuvre du dramaturge torturé en adaptant cette fois-ci sa pièce La nuit de l’iguane. Comme ses illustres prédécesseurs, et ceci malgré un tournage particulièrement difficile en raison des querelles entre les acteurs, Huston a réalisé un grand film, d’une étonnante modernité pour l’époque.
On y suit le parcours de personnages hors normes, loin des clichés en vigueur dans le paysage cinématographique américain. Richard Burton incarne un pasteur défroqué, alcoolique et tenté par les plaisirs de la chair, tandis que Sue Lyon (tout juste sortie du Lolita (1962) de Stanley Kubrick) interprète une jeune fille tentatrice et tête à claque. Le personnage le plus moderne est sans nul doute cette femme qui assume parfaitement une sexualité scandaleuse jouée avec force par Ava Gardner. Deborah Kerr a la charge d’apporter un peu de calme et de sérénité dans ce déluge d’hystérie et de névroses, même si son personnage cache au plus profond des fêlures intimes. Comme à son habitude, Tennessee Williams ausculte les troubles de l’âme humaine avec une acuité incroyable, disséquant au scalpel les moindres blessures d’êtres humains frustrés par la médiocrité de leur existence.
John Huston est parvenu à traduire ces effluves de désirs interdits avec une sensibilité à fleur de peau : la jeune fille recherche la compagnie d’hommes mûrs afin de briser les tabous, sa gouvernante ne peut camoufler très longtemps ses penchants lesbiens et le personnage d’Ava Gardner ne refuse jamais la compagnie de ses boys, véritables étalons exotiques. Le cinéaste privilégie le plan séquence afin de laisser s’exprimer ses acteurs dont les longues tirades sont un régal pour les oreilles tant elles sont merveilleusement écrites. Enfin, la longue scène finale sur la terrasse, s’achevant par la lecture d’un splendide poème, est d’une bouleversante beauté. Elle sonne comme une forme de réconciliation entre l’homme torturé, la nature et Dieu, point d’orgue d’une œuvre sensible et magistrale.

Virgile Dumez


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