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La personne aux deux personnes - la critique

Y a-t-il un exorciste dans la salle ?

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Daniel Auteuil, l’acteur aux deux acteurs : un bon et un mauvais. Le comédien suscite l’étonnement dans son obstination à se compromettre dans la très mauvaise comédie française alors qu’il se révèle toujours formidable dans les rôles dramatiques. Une comédie ? Non, un vrai drame pour lui !

L’argument : Gilles Gabriel, chanteur des 80’s en plein come-back, est tué dans un accident de voiture causé par Jean-Christian Ranu, comptable à la COGIP. Mais Gilles Gabriel n’est pas totalement mort : son esprit bien vivant a atterri dans le corps de Ranu, qui ne comprend pas qui est cette personne qui parle dans sa tête. Gilles, lui, n’a aucun contrôle des mouvements de son hôte. Gilles et Ranu vont vite se rendre à l’évidence : ils n’ont rien en commun, sauf ce corps qu’ils vont devoir partager. C’était déjà compliqué chacun de leur côté... alors maintenant, à deux dans la même personne...

Notre avis : Certains l’ont oublié, mais au début des années 80, Daniel Auteuil était un excellent acteur comique qui relevait le niveau de nombreuses productions franchouillardes médiocres (Les sous-doués pour n’en citer qu’une). Depuis, la célébrité lui est tombée dessus, grâce à son rôle légendaire dans Jean de Florette, et le comédien s’est éparpillé dans tous les genres. Souvent formidable, il mériterait presque un César annuel pour ses incarnations fulgurantes dans des œuvres fortes comme Caché, Le deuxième souffle ou encore MR73. Pourtant, parallèlement, il joue de malchance et même carrément mal dans un certain nombre de comédies récentes, qui comptent parmi les pires produites chez nous durant la décennie : L’entente cordiale, L’invité ou encore 15 ans et demi. La personne aux deux personnes s’inscrit malheureusement dans cette lignée de retours ratés à la comédie populaire.
Cette première œuvre, réalisée par un duo de personnes (Nicolas & Bruno, assez mal à l’aise derrière la caméra) emprunte à une longue tradition de comédies fantastiques, l’idée d’une cohabitation loufoque dans le même corps - celui d’Auteuil, employé ringard, qui accueille accidentellement l’âme d’un chanteur des eighties tout aussi nase, celle d’Alain Chabat. Original ? Pas vraiment. On repense à ces hommes qui se retrouvent dans des corps de femme (Dans la peau d’une blonde, Ce que veulent les femmes), à cette comédie allemande dans laquelle Griffin Dunne communique avec son sexe (Lui et moi), à ces vaudevilles teenagers où le père habite le corps de son fils (Mon père c’est moi) et la mère celui de sa fille (Freaky Friday), et au vagin bavard du porno mythique Le sexe qui parle... La liste est longue, voire interminable. Un peu comme La personne aux deux personnes qui ne fait pourtant que 1h27.
L’embarras est de taille pour Auteuil, arborant un look craignos ahurissant, qui se voit contraint, pendant la quasi totalité du métrage, de converser avec Alain Chabat, pourtant toujours absent de l’écran. En gros, il parle tout seul mais ne trouve pas le ton. La voix-off de l’ancien Nul, si drôle en narratrice omniprésente dans les Bricogirls et les Garage babes, accentue le sentiment de vide. Son absence physique est d’autant plus perceptible que l’une des scènes les plus amusantes, reste l’introduction où le réalisateur de Didier (tiens, encore une histoire de possession !) apparaît en chair et en os, chantonnant des tubes démodés des années 80, à fond dans sa bagnole. Sacré Chabat ! Allez, on ne lui en veut pas, ni à Auteuil, d’ailleurs. Mais ces deux monuments du cinéma français feraient mieux de se montrer un peu plus sélectifs dans leurs choix, avant de se lancer dans des déroutes aussi navrantes que prévisibles, car ici la bonne humeur tourne vite à l’aigreur du drame pour le spectateur.

Frédéric Mignard


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