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La princesse de Montpensier - la critique

La passion Marie

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Brillant sur le plan historique, le nouveau Bertrand Tavernier a du mal à nous passionner pour son histoire d’amour impossible, sans doute trop compassée.

L’argument : 1562, la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage... Depuis son plus jeune âge, Marie de Mézières aime Henri, Duc de Guise. Elle est contrainte par son père d’épouser le Prince de Montpensier. Son mari, appelé par Charles IX à rejoindre les princes dans leur guerre contre les protestants, la laisse en compagnie de son précepteur, le Comte de Chabannes, loin du monde, au château de Champigny. Elle tente en vain d’y oublier sa passion pour Guise, mais devient malgré elle l’enjeu de passions rivales et violentes auxquelles vient aussi se mêler le Duc d’Anjou, futur Henri III.

Notre avis : On connait la passion de Bertrand Tavernier pour l’histoire qu’il a toujours su servir au mieux à travers un nombre conséquent d’oeuvres brillantes. A l’aise dans la description du Moyen-Age (le magnifique et vénéneux La passion Béatrice), des turpitudes de la Régence (Que la fête commence), de la Première Guerre mondiale (La vie et rien d’autre et Capitaine Conan) ou même de la Seconde (Laissez passer), Tavernier a toujours su s’entourer des meilleurs spécialistes pour donner une vision la plus réaliste possible des époques passées. Une fois de plus, il excelle dans cet exercice difficile en s’attaquant cette fois-ci au 16ème siècle des guerres de religion, époque difficile à évoquer sans tomber dans les clichés habituels sur la Saint-Barthélémy et sur la haine entre catholiques et protestants. Grâce à un scénario exemplaire sur le plan historique, La princesse de Montpensier s’affranchit des mythes et légendes pour mieux coller à la réalité de ce 16ème siècle tourmenté par les querelles religieuses. Jamais dans la reconstitution propre sur elle, le cinéaste n’élude en rien la violence inhérente à l’époque, sans tomber dans la légende noire illustrée avec fièvre par Patrice Chéreau dans sa version rouge sang de La reine Margot. Toutefois, il ne plaque pas non plus une approche psychologique héritée du 20ème siècle sur une oeuvre (celle de Mme de La Fayette) qui date du 17ème. D’où le sentiment parfois de ne pas toujours bien saisir la logique de certains personnages, plus sensibles aux usages et à l’étiquette qu’à leur bonheur personnel. D’où également l’impression d’être en présence d’un film aux thèmes anachroniques par rapport aux attentes du public contemporain.
Pas sûr effectivement que le grand public se passionne pour les mésaventures sentimentales de cette femme mariée que tous les hommes de son entourage tentent de séduire, d’autant que le réalisateur n’a pas su maintenir une tension dramatique suffisante durant toute la projection. Si la première heure accroche le spectateur par l’inscription de ce destin particulier dans la grande Histoire, on est peu à peu déçu que le scénario se concentre de plus en plus sur les affaires sentimentales de l’héroïne, en délaissant certains personnages pourtant plus intéressants (celui du comte de Chabannes, interprété avec beaucoup de finesse par Lambert Wilson). Dès lors, on s’ennuie quand même fermement devant les multiples hésitations de protagonistes que l’auteur n’a pas su nous rendre proche. Réalisé avec un soin maniaque, doté d’une belle musique de Philippe Sarde et d’images riches en références picturales, La princesse de Montpensier souffre également d’un manque d’homogénéité du casting. Si Mélanie Thierry, Lambert Wilson et le jeune Raphaël Personnaz (sans doute la révélation du film) s’en sortent avec les honneurs, on ne peut en dire autant d’un Gaspard Ulliel peu convaincant en fougueux De Guise et pire encore de Grégoire Leprince-Ringuet qui, avec son physique d’éternel adolescent et sa voix fluette, n’arrive à aucun moment à nous persuader qu’il est un valeureux guerrier jaloux de l’attrait que suscite son épouse. Inégal, mais non dénué de fulgurances (les séquences intimes entre Mélanie Thierry et Lambert Wilson, notamment), La princesse de Montpensier a pour principal mérite de retracer une époque où les relations humaines étaient avant tout dictées par un ordre social et divin qui balayait tout sentiment au profit de l’étiquette.

- LA BANDE-ANNONCE ICI

Virgile Dumez




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