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La sagrada familia - la critique + test DVD

Poison d’avril

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- Durée : 1h39mn

Un premier film enthousiasmant, énergique et grinçant qui déboulonne la bonne morale catholique et bourgeoise.

L’argument : Lors d’un week-end de Pâques, dans une maison secondaire au bord de la mer, un fils présente sa petite amie comédienne à ses parents. Mais tel un ange perturbateur, elle va semer le désordre et le trouble dans cette famille bourgeoise traditionnelle, pétrie de principes moraux et religieux.

Notre avis : Ce premier long métrage du chilien Sebastian Campos est tout d’abord une formidable expérience cinématographique puisque le film a été tourné en seulement trois jours dans un lieu unique avec pour seule règle l’improvisation. Le scénario servant de base ne faisait qu’une dizaine de pages, ne donnant que des orientations scénaristiques indispensables, le reste étant laissé à l’inspiration des acteurs. Filmé caméra à l’épaule en DV, La sagrada familia (2005) possède ainsi un aspect très proche du documentaire, s’inscrivant dans la veine du Dogme inauguré par un certain Festen (1998) de Thomas Vinterberg. Avec un style tout aussi énergique, Sebastian Campos signe une œuvre moins hystérique, mais dont le venin s’insinue de manière plus insidieuse, tel un Théorème (Pier Paolo Pasolini, 1968) des temps modernes.
Il fait voler en éclat tout ce qui caractérise l’univers bourgeois en s’attaquant de front à plusieurs problèmes de société. Il montre sans tabou toute forme de sexualité, mais évoque aussi la drogue, l’adultère et les rapports que chacun entretient avec la religion. Cette dernière est particulièrement visée dans cette œuvre totalement ironique, où l’humour noir côtoie sans cesse le plus profond désespoir : l’auteur n’hésite pas à massacrer la bonne morale catholique et règle son compte aux moralisateurs de tous poils. Il est aidé en cela par un casting impeccable mené par un Sergio Hernandez impérial en père de famille troublé par la sensualité de la petite amie de son fils. Le cinéaste arrive même à tourner quelques très beaux plans, encore sublimés par une bande-son très travaillée, sans doute en hommage à Tarkovski. Au final, La sagrada familia est une expérience cinématographique enthousiasmante, drôle, troublante et parfois déchirante, comme la vie elle-même.

Le DVD

Une édition anodine pour un petit film magistral qui se doit d’être découvert.

Les suppléments

Il y a des films dont l’existence en DVD n’est pas gagnée d’avance. La sagrada familia en fait partie. Sorti en janvier 2007 dans l’anonymat absolu, en dépit d’excellentes critiques, cette petite production chilienne se faisait attendre dans nos salons. Comme ses piètres résultats au box office ne lui garantissaient pas de trouver un éditeur, l’on peut par conséquent remercier Epicentre de nous permettre de redécouvrir cette pépite qui recueille dans ses dialogues et situations une verve imparable pour séduire. Les quelques suppléments proposés ne sont, certes, pas nombreux, mais ils témoignent d’une volonté d’accompagner l’oeuvre jusqu’au bout en lui offrant une existence réelle. Dans le lot, on retiendra principalement l’interview du cinéaste qui revient sur le tournage (particulièrement court), le montage (qui s’est fait dans la douleur), le rôle des drogues dans le scénario, la morale de l’histoire... C’est convenu, concis (environ huit minutes), mais vu le budget et les espoirs allouées à cette sortie minuscule, n’est-ce pas là déjà beaucoup ? Une bande annonce, des spots TV, un clip vidéo et des filmographies complètent les bonus.

Image & son

L’image ne présente aucun défaut majeur, mais les amateurs de beautés visuelles passeront leur chemin. La texture de La sagrada familia nous renvoie volontairement au documentaire bon marché tourné à la DV.
Le son 5.1 (en VO et VF - doublage pitoyable, au passage) assure le minimum. Le peu d’intensité des dialogues et le manque d’effets limitent la spatialisation. On s’ennuie ferme à ce niveau. Mais encore une fois, l’intérêt est ailleurs !

Frédéric Mignard, Virgile Dumez

Le choix du rédacteur