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La valse dans l’ombre (1940) - la critique + le test DVD

Un pont entre deux êtres

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- Sortie du DVD : 29 février 2012
- Année de production : 1940

Ce mélodrame de toute beauté laissera froid les détracteurs du genre, mais comblera d’aise tous les amoureux de l’âge d’or hollywoodien.

L’argument : Un officier britannique se rappelle sa rencontre avec une ballerine lors de la première guerre mondiale pendant une alerte dans un abri au bout du Waterloo bridge. Myra fait partie d’un ballet, dirigé d’une main de fer par Mme Olga. C’est un véritable coup de foudre. Ils décident de se marier avant le départ pour le front de Roy. Myra, suivie et soutenue par sa meilleure amie Kitty, quitte le ballet. Roy met tout en œuvre pour la célébration de leur union mais le destin s’acharne et Roy part sans avoir épousé Myra. Roy étant d’une grande et respectable famille écossaise, il a confié Myra (celle-ci n’ayant plus de travail) aux bons soins de sa mère, qui descend à Londres pour rencontrer la jeune fille. Myra patiente dans un salon de thé. En feuilletant le journal, elle découvre le nom de son fiancé dans la colonne des "morts au combat" ; son univers s’effondre...

Notre avis : Totalement oublié par les cinéphiles à cause de ses réalisations plutôt déplorables des années 50, le réalisateur Mervyn LeRoy fut pourtant durant les années 30 l’égal des plus grands. Non seulement il fut à l’origine de la vogue du film de gangsters grâce à son excellent Le petit César (1931), mais il a également tourné de nombreux chefs d’œuvre sous l’égide de la Warner (Je suis un évadé en 1932, Anthony Adverse en 1936) avant de passer sous contrat avec la MGM où son style s’est peu à peu fait plus pesant. Il a toutefois encore signé un mélodrame puissant avec cette Valse dans l’ombre tournée en 1940, soit seulement neuf ans après la version de James Whale réalisée pour le studio Universal. A l’origine se trouve la pièce de théâtre Waterloo Bridge écrite par Robert E. Sherwood en 1930 qui fut un gros succès à Broadway. Toutefois, si Mervyn LeRoy en reprend la plupart des développements narratifs, il lui applique ici un vernis typiquement hollywoodien qui vise à sublimer tous les événements qui se déroulent à l’écran.
Bien moins réaliste que la version de James Whale, La valse dans l’ombre plonge au contraire le spectateur dans les souvenirs idéalisés du personnage principal incarné avec charisme par Robert Taylor. Dès cette entrée en matière qui fonctionne sur le mode nostalgique, le spectateur sait qu’il n’aura pas droit à une description fidèle du Londres des années 10, mais bien à un long fantasme embelli par la mémoire sélective du narrateur. Cette habile justification permet au cinéaste de se lancer à corps perdu dans une histoire au romantisme échevelé. Sublimé par la parfaite alchimie du couple formé par Vivien Leigh et Robert Taylor, le film nous propose de suivre une bouleversante histoire d’amour contrariée par le destin, sur le mode romanesque de Elle et lui (Leo McCarey, 1939). Evoquant au passage des thèmes aussi difficiles que la prostitution en temps de guerre, le long-métrage évite de tomber dans le scabreux, mais ne cherche pas à éluder la question pour autant (le code Hays empêchait toute tentative d’explicitation).
Alors que le scénario suit une progression somme toute assez classique, le film bénéficie du savoir-faire imparable d’un Mervyn LeRoy alors en pleine possession de ses moyens. Ses mouvements de caméra somptueux, son sens du détail, sa direction d’acteurs toute en finesse et son indéniable sens de l’atmosphère (on a la sensation de voir un film vaporeux, comme un souvenir fugace) lui permettent de signer un pur chef d’œuvre du mélodrame. Certes, les détracteurs du genre argueront avec justesse que le film est justement trop beau, trop lisse et que son efficacité tient de la manipulation, mais les âmes fleur bleue se laisseront bercer par cette douce nostalgie qui émane d’une œuvre poignante de bout en bout.


Le DVD :
Une bien belle édition, uniquement disponible dans les magasins Fnac. A saisir de toute urgence.

Les suppléments :

L’éditeur nous offre ici le plus beau des suppléments puisqu’il s’agit de la première version tournée par James Whale en 1931 et intitulée Waterloo Bridge. Le film, très différent de celui de Mervyn LeRoy, vaut largement le coup d’œil. Il a droit à une galette complète rien que pour lui.
La version de 1940 est agrémentée quant à elle d’un entretien de 13mn absolument passionnant avec Olivier-René Veillon qui clame non seulement son amour pour le film, mais qui en profite également pour réhabiliter Mervyn LeRoy. Enfin, la partie supplément s’achève avec la bande-annonce du film, la filmographie détaillée du réalisateur et une galerie photo.

Image :

On peut évidemment regretter le manque de profondeur des noirs lors des scènes nocturnes, mais il faut avoir conscience que le film date tout de même de 1940. A part ces séquences plus problématiques, la copie affirme une belle définition issue d’une restauration efficace. L’ensemble est donc tout à fait satisfaisant.

Son :

Les deux pistes sonores en mono (VF et VOSTF) sont parfaitement équilibrées. Le doublage français d’époque modifie à foison le sens des dialogues, mais il est efficace. On lui préfère quand même la version originale, plus naturelle dans son intégration des voix au champ sonore.

Virgile Dumez


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