Durée : 1h58mn
Titre original : The life aquatic with Steve Zissou
Quelque part entre les aventures du commandant Cousteau et l’absurde le plus total, cette Vie aquatique cache une poésie et un humour uniques, servis par un formidable casting, Bill Murray en tête.
L’argument : Steve Zissou (Bill Murray), océanographe atypique, part à la recherche du mythique requin jaguar, coupable d’avoir dévoré son meilleur ami. Il est rejoint dans sa quête par son supposé fils, abandonné trente ans plus tôt (Owen Wilson), une journaliste (Cate Blanchett) et son étrange épouse (Anjelica Huston). Tout ce petit monde s’embarque sur le Belafonte, au milieu d’un équipage international hallucinant, pour une odyssée humainement et physiquement mouvementée...
Notre avis : Il est question d’abîmes dans La vie aquatique, aussi bien au sens propre qu’au sens figuré. Faux documentaire présenté dans un théâtre, portrait journalistique ou drame (à l’) antique (accompagné par les magnifiques reprises de David Bowie par Seu Jorge, seul à la guitare et dans le champ de la caméra) : Wes Anderson réalise un film d’origine non-identifiée, si ce n’est celle de sa propre marque de fabrique.
Il y a plus ici qu’une simple correspondance de casting avec l’inoubliable Famille Tenenbaum (notament Anjelica Huston et Owen Wilson, proche du réalisateur). Les thèmes traités par Anderson sont approximativement les mêmes : familles déchirées, liens filiaux complexes et crise identitaire. La vie aquatique est un drame, à n’en pas douter, mais un drame bouffon ; c’est-à-dire une perle d’humour noir, de distanciation, de second, voire de dix-millième degré, qui n’en porte pas moins une vraie souffrance, et une vraie réflexion sur l’existence.
Choisir Bill Murray pour interpréter Steve Zissou est un signe indéniable de cette volonté de Wes Anderson. De Ghost buster à Lost in translation, Murray s’est imposé comme le maître de la dérision, du subtilement absurde. Il est ici de nouveau magistral. Tantôt cabotin, tantôt irascible, barbe et cheveux gris, il incarne à la perfection le faussement indifférent capitaine Zissou, simili-Cousteau (nommément remercié et cité dans le film) en pleine déprime.
La vie aquatique s’inscrit aussi dans le sillon de La famille Tenenbaum et du travail d’Anderson en général, par son esthétique incroyablement kitsch, carton-pâte (les coupes verticales du bateau, les décors dans le plus pure style théâtre de boulevard !) et ses personnages improbables (l’équipage du navire : un Allemand - Willem Dafoe à contre-emploi -, un Italien, un Sikh, un Brésilien, etc.). Les scènes de combat, affreusement irréalistes, ridicules et techniquement dignes d’une série de fin de programme télévisé, sont aussi drôles qu’elles illustrent l’esthétique décalée du réalisateur.
Mais ce qui finalement fait toute la force de La vie aquatique, c’est la capacité qu’a Wes Anderson, avec ses comédiens, de créer une justesse des sentiments, des relations profondément humaines dans ce monde artificiel qu’il choisit comme décor et comme réalité. Sur le fil périlleux qui sépare dérision et douleur, amour et égoïsme, honnêteté et jeu, Anderson réussit à faire avancer ses personnages, sans jamais se prendre trop au sérieux, en se moquant beaucoup, mais aussi en s’attendrissant. Le regard que porte le capitaine sur la vie, désabusé, légèrement décalé, anesthésié, mais impulsif et sentimental, est aussi celui du réalisateur.
D’aucun parleront d’une suite, d’une redite peut-être, de La famille Tenenbaum. Ceux-là critiqueront ce répertoire si décalé, peu apte à séduire les foules, trop bavard. Opteront pour "quitte". Nous opterons pour un coup double.
Le DVD
Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Parmi les nombreux bonus disponibles sur cette édition collector, plusieurs sont à visionner absolument. C’est l’aventure, un documentaire d’une cinquantaine de minutes, en fait partie. Cette belle incursion sur le tournage du film en Italie dévoile la manière de travailler du réalisateur qui repose en grande partie sur la précision, la confiance et la bonne humeur. Ce point de vue est d’ailleurs confirmé par un autre making of (quinze minutes) tourné par l’un des jeunes comédiens qui incarne un stagiaire sur le Belafonte. Plaisir d’être présent semble être le leitmotiv de ce tournage.
Cette édition contient aussi de petits sujets pas inintéressants sur les décors, les effets spéciaux volontairement rétros, les acteurs et leur approche de leurs personnages respectifs, la musique avec le compositeur Mark Mothersbough et Ziggy Stardust revisité par Seu Jorge...
Enfin les fans incurables de Wes Anderson se régaleront du commentaire audio, dans lequel le jeune réalisateur se montre loquace, naturel et drôle. Neuf scènes coupées (pas terribles) complètent le film et un bonus caché finit de rendre Bill Murray définitivement sympathique.
Image & son : Un régal de plonger dans l’univers onirique de Wes Anderson avec une telle qualité visuelle. La précision de l’image est un bonheur pour les yeux, dans les scènes ouatées de plongée sous-marine. Très haute définition donc pour ce master, issu de la famille Critérion. Il en va de même pour le son où ça claque (l’excellent gunfight filmé sur un faux rythme), ça apaise (les chansons de David Bowie reprise en portugais), ça chuchote (Bill Murray en général) dans un mixage très finement élaboré.
Par Mykelti BuBba
Le scénario de "The life aquatic with Steve Zissou" reste simple, mais on prend tout de même plaisir à suivre les aventures de ces personnages déjantés et attachants. Bill Murray et Willem Dafoe font merveille, comme à leur habitude. De nombreuses scènes sont hilarantes, notamment la scène d’introduction. En effet, le film repose sur des répliques bien senties : "- Can you hear the Jack Whales singing ? - Beautiful. I wonder what they’re saying. - Well actually that’s a Sludge Tanker over there." ; "If you’re not against me, don’t cross this line ! If yes, (...)
Par antawn
Wes Anderson figure parmi les rares réalisateurs américains qui ont un univers propre, reconnaissable au premier coup d’œil. Le succès de la famille Tanenbaum n’a pas dénaturé le cinéma du réalisateur burlesque, tout en finesse et en dérision. Que dire de l’OVNI cinématographique de l’année 2005 ? L’histoire : un océanographe sur le déclin découvre qu’il a un fils juste avant sa dernière expédition pour découvrir un improbable requin jaguar qui a déchiqueté son coéquipier de toujours. En fait, l’histoire n’est qu’un prétexte à (...)