La vie comme ça

Ma cité va craquer

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- Durée : 1h37mn

Sans concession, ce portrait cru de la banlieue parisienne à la fin des années 70 est remarquable par son intransigeance et sa volonté de dénoncer la violence sociale exercée sur le peuple.

L’argument : Agnès quitte le lycée et s’installe avec une amie dans une HLM de Bagnolet. Engagée comme employée de bureau, elle devient déléguée du personnel après le renvoi d’une collègue.

Notre avis : Professeur de français dans la banlieue parisienne durant de longues années, Jean-Claude Brisseau tourne avec des amis des films en Super 8 avant d’être repéré par Eric Rohmer et Maurice Pialat qui reconnaissent en lui un auteur talentueux. Travaillant à la fin des années 70 pour l’INA, Brisseau écrit et réalise en 1978 La vie comme ça qui restera invisible pendant de très nombreuses années à cause de la vision particulièrement âpre qu’il donne de la banlieue parisienne et notamment de la ville de Bagnolet. Apparaissant aujourd’hui comme totalement visionnaire, ce premier long-métrage professionnel prend acte des évolutions de la société française d’alors, sans aucun tabou. Plantant sa caméra au milieu des grandes barres d’immeubles insalubres, le réalisateur se fait le témoin du développement d’une violence aveugle pouvant frapper à n’importe quel moment. Bien avant la médiatisation à outrance de l’insécurité, le cinéaste montre que cette violence physique naît d’une irrépressible violence sociale.
Alors que les jeunes de banlieue n’ont aucun avenir et qu’ils tuent le temps en sombrant dans la délinquance, Brisseau leur oppose un monde du travail gangréné par les rapports hiérarchiques. Face à un patronat tout-puissant, les employés ne sont que du bétail soumis au moindre désir de leurs supérieurs. Dès lors, une lutte de classe inerve la totalité d’un métrage clairement engagé à gauche. Dénonçant la précarité de l’emploi, les tentatives de harcèlement afin de pousser les salariés à démissionner et les atteintes aux droits syndicaux, l’auteur réalise un métrage intransigeant, d’une rare crudité et d’un réalisme confondant. Sordide la plupart du temps, traversée par quelques éclairs d’humour noir, cette oeuvre pessimiste révèle le talent de la jeune Lisa Hérédia - fidèle collaboratrice de Brisseau - et annonce déjà les opus suivants d’un maître trop méconnu du public français. Maladroit dans sa forme, n’évitant pas toujours les clichés (le concierge homosexuel ou le patron vraiment pourri), La vie comme ça est un téléfilm enthousiasmant tout en étant un témoignage sociologique de premier choix sur l’évolution de la France à la fin des années 70. Précieux.


Le DVD
Inclus dans un coffret indispensable de 4 films de Jean-Claude Brisseau, La vie comme ça est à découvrir d’urgence.

Les suppléments

La galette de La vie comme ça comprend non seulement une introduction de quatre minutes par Luc Moullet, mais surtout un documentaire de cinquante minutes revenant sur les quatre films du coffret Brisseau. La partie sur La vie comme ça se révèle passionnante et riche d’enseignements, comme le reste de ce module, indispensable pour tous les amateurs d’un cinéaste toujours controversé. Les interventions de son chef opérateur attitré, de son actrice fétiche et monteuse sont particulièrement révélatrices des méthodes de travail d’un artisan décidément attachant.

Image & son

Il est difficile d’en vouloir à l’éditeur tant ce téléfilm est une rareté, mais l’image porte les stigmates du temps et un grain permanent défigure les plans, ce qui, par ailleurs, renforce l’impression de cinéma-vérité. La prise de son directe présente un certain nombre de défauts (voix parfois étouffées) qui se répercute sur une piste stéréo d’honnête facture. On notera l’excellente initiative d’ajouter des sous-titres anglais pour nos amis étrangers.

Virgile Dumez




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