Romero complète sa mythique série des morts vivants d’un 4e volet qui s’impose comme un paroxysme dans l’horreur visuelle. L’ultime revival de l’épouvante façon années 80 qui envahit nos écrans depuis deux ans.
L’argument : Les morts ont envahi la planète et exterminé la quasi-totalité de l’espèce humaine. Les survivants au carnage se sont regroupés dans une ville bunker où richesse et pauvreté cohabitent. Mais la menace des zombies grandit alors que ces derniers, désormais capables de penser et de communiquer, s’organisent pour prendre d’assaut cette cité imprenable.
Notre avis : Difficile d’être objectif quand il s’agit de critiquer l’œuvre d’un réalisateur qu’on vénère pour des films vieux d’une, deux, voire trois décennies. Pourtant Romero, cinéaste passé de mode dans les années 90, a su garder ses fidèles, grâce à sa trilogie horrifique au nihilisme politique effroyable. Véritable père du genre, il a inspiré des jeux vidéos à succès comme Resident evil ou Silent hill et les succès cinématographiques qu’ont été 28 jours plus tard ou L’armée des morts (remake du deuxième épisode de sa saga). Profitant du succès de ces œuvres, le réalisateur de Creepshow nous revient en 2005 avec la lourde tâche de réaliser la suite de trois classiques qui ont marqué leur époque, à un moment où les maquillages qui tachent ne sont plus vraiment à la mode, et où les ados bogosses s’octroient le haut du casting de productions d’épouvante aseptisées. Bref, papy fait de la résistance.
Symbole nostalgique d’une cinématographie horrifique qui n’est plus, Land of the dead est un pur petit bonheur coupable pour les fans de cette saga. Sans être pour autant le chef-d’œuvre du genre auquel on pouvait aspirer en toute légitimité, cette séquelle se contente d’être un film référence hors du temps, loin des effets clinquants des récents Amityville ou La maison de cire.
Difficile pour les fans de ne pas jubiler face à ce condensé d’ingrédients qui ont fait le charme de la trilogie passée. Le cinéaste glorifie ses zombies (une armada) qu’il filme avec amour, très souvent dans un cadre macabre (il s’agit de loin du film le plus morbide de la saga avec ses nuits bleues, son cimetière crépusculaire, ses villages déserts et ses terres jonchées de cadavres). Le film s’offre de nombreux moments de bravoure dans le gore, même si on sent les coupes que le DVD devra vite corriger à l’occasion du director’s cut. Cette production n’en demeure pas moins l’œuvre la plus sanglante jamais issue d’un studio hollywoodien. Côté ambiance, la musique, peu exploitée dans la première partie, parvient à prendre de l’ampleur et à s’imposer comme le parfait rejeton de celle de Day of the dead. Ethérée, elle fonctionne sur plusieurs niveaux de nappes synthétiques qui épousent les contingences électroniques de notre époque tout en flirtant avec la bonne vieille bande son des années 80.
Mais bon la déception l’emporte parfois sur l’enthousiasme. Le pot-pourri, c’est bien, mais le réchauffé un peu moins. Le film a trop tardé à se faire, et Romero s’est un peu encroûté. Il a conservé ses idées politiques, adaptées pour l’occasion à l’actualité (la guerre en Irak, le 11 septembre 2001), mais son discours s’est parfois engourdi. Critique peu subtile égale critique facile. Cela se retrouve jusque dans le choix de Dennis Hopper dans le rôle du méchant capitaliste. Le post-soixante-huitard vient faire du copinage idéologique, mais oublie son talent au passage. Son jeu détonne de médiocrité au milieu d’un casting immaculé (Simon Baker en tête).
Autre point faible, la réalisation. En 20 ans le style de Romero n’a pas évolué d’un poil. Mêmes types d’images (un brin plus esthétisantes parfois, notamment lors de la première scène, vraiment magistrale), mêmes plans qu’on qualifierait aujourd’hui de pantouflards. C’est sûr, ce n’est pas L’armée des morts et ses effets MTV nourris au numérique. Cinéaste sans concession, Romero n’est pas la pour vendre aux "djeunes" de l’image de jeu vidéo ! Seul le générique d’ouverture fera illusion. Le choc des cultures en quelque sorte.
Le plus gros défaut du film réside peut être dans son récit lacunaire. Frustrant dans ses non-dits, il expédie des pistes fondamentales au nom des impératifs commerciaux du genre (durée canonique d’1h30 oblige). Tout est précipité, jusqu’à l’organisation ubuesque des zombies qui naît d’une épiphanie mal amenée chez le futur leader de la coalition d’outre-tombe.
En résumé, un film imparfait qui nous replonge dans nos souvenirs horrifiques les plus nobles, pour cela on oublie les nombreuses maladresses du maître qui a su faire de son mieux, sans jamais parvenir à s’égaler. Mais le pouvait-il encore ? Il a su user de son budget de grosse série B pour nous livrer une TRÈS grosse série B, burinée et implacable. Du cinéma comme on l’a aimé et comme on continue à l’apprécier.

LE DVD
Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Aucun bonus disponible sur cette édition simple. Pour ceux qui veulent savoir comment on fait de la bouillie de zombies, se reporter sur l’édition collector.
Image & son : Image parfaite (un comble pour un film de morts-vivants) qui retranscrit tout les fantasmes horrifiques de Romero. Crépusculaire à souhait, le résultat fait montre d’un magnifique constrate et d’une bonne fluidité selon les différents plans/actions. Concernant le son, on privilégiera la piste DTS, par rapport aux Dolby Digital, qui gère plus efficacement la spatialisation des effets en tous genres.
