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Le baiser du tueur - la critique

Kiss on the ring

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- Durée : 1h07mn
- Titre original : Killer’s Kiss

Kubrick orchestre avec brio une sombre histoire d’amour où se rencontrent les univers du ring et du dancing.

L’argument : Alors qu’il vient de perdre un match de boxe, Davey Gordon défend Gloria, entraîneuse dans un dancing, qui est malmenée par son patron. Les deux jeunes gens sympathisent et s’éprennent l’un de l’autre. Gloria décide de changer de vie et de quitter son emploi, au grand désespoir de son patron qui, amoureux d’elle, tente d’éliminer Davey pour la reconquérir.

Notre avis : C’est d’abord une impression de familiarité qui se dégage du Baiser du tueur. Un homme, seul sur le quai d’une gare, attend en fumant une cigarette. C’est en voix off qu’il nous donne à entendre son histoire, selon le procédé bien connu du flash-back. La mise en scène, l’utilisation du noir et blanc évoquent ce film noir que chacun de nous aurait déjà vu, mais dont Kubrick utilise les codes avec une remarquable parcimonie, refusant les ambiances trop lourdes et écartant les clichés du genre.
De ce fait, le film est davantage qu’un simple exercice de style qui témoignerait de l’habileté technique du cinéaste. On y trouve déjà tout le génie de Kubrick pour la mise en scène, qui regorge ici d’inventivité et d’audace. Le film a ainsi la bonne idée de mettre en relation deux univers antagonistes, celui de la boxe et de la danse, faisant alterner les points de vue de Davey (Jamie Smith) et Gloria (Irene Kane) tout en suggérant une continuité entre les deux espaces du ring et du dancing, traversés par une même violence.
Les relations entre les différents personnages sont traitées sans manichéisme, y compris lorsqu’interviennent les figures crapuleuses - Frank Silvera est admirable dans le rôle de Rapallo, personnage dément et criminel mais sincèrement amoureux de Gloria. Le jeu sensuel et parfois cruel d’Irene Kane, l’allure blessée de Jamie Smith, participent d’un même mouvement où la violence des gestes fait écho à celle, bien plus redoutable, des sentiments et des mots.
Le critique qui s’essaierait à découvrir l’essai manqué dans la filmographie de Kubrick serait ici dans une impasse. Car ce Baiser du tueur, son second long-métrage, n’a en rien l’allure d’une tentative maladroite. Au contraire c’est déjà l’oeuvre d’un cinéaste accompli qui parvient à transcender les lois d’un genre, comme dans le cas de la dernière séquence, hallucinante course-poursuite qui nous plonge dans une réserve de mannequins où combattent les deux prétendants de Gloria. A travers cette histoire en apparence anecdotique, Kubrick laisse déjà entrevoir la cruauté qu’il n’aura de cesse de sonder, avec un talent incontesté, dans le reste de ses oeuvres. Alors que 2011 s’annonce comme une année importante (resortie en salle de son oeuvre, exposition à la cinémathèque, etc.) on ne manquera pas de découvrir ce film singulièrement sombre et efficace.

Jean-Patrick Géraud




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