Durée : 1h45mn
Titre original : Il bell’Antonio
Sortie française : 5 juillet 1961
Cette critique de la société italienne des années 60 marquée par le machisme est aussi un portrait sensible et poignant d’un homme frappé d’impuissance.
L’argument : Toutes les femmes sont amoureuses du bel Antonio. Mais lorsqu’il épouse Barbara, Antonio ne s’avère pas être l’amant espéré... Tout le monde est rapidement au courant et le jeune homme devient la risée de la ville.
Notre avis : La collaboration fructueuse entre le cinéaste Mauro Bolognini et le jeune scénariste Pier Paolo Pasolini trouve son accomplissement le plus total avec cette adaptation d’un roman de Vitaliano Brancati qui a connu en 1960 les honneurs de la critique en emportant haut la main le Léopard d’Or au festival de Locarno. Avec une audace peu commune pour l’époque, les auteurs osent casser l’image du macho italien, ici frappé d’impuissance. Interprété de manière magistrale par un Marcello Mastroianni visiblement très heureux de mettre à mal son statut de latin lover, le bel Antonio se révèle incapable de satisfaire son épouse qu’il aime pourtant follement. Avec une grande finesse, Bolognini évoque ce drame de l’impuissance masculine à travers le destin d’un personnage tragique, trop sensible à la beauté solaire de sa compagne pour pouvoir consommer leur union.
Loin de juger son personnage principal, le cinéaste insiste sur les dommages collatéraux suscités par un problème pourtant très personnel dans une société italienne phallocrate. Tel un rebelle malgré lui, le pauvre Antonio bouleverse son entourage en n’accomplissant pas son « devoir » conjugal. Critiquant tour à tour une certaine bourgeoisie arriviste, ainsi qu’une aristocratie exsangue cherchant à tout prix à transmettre leurs biens par des unions pas toujours consenties, les auteurs dénoncent l’implacable emprise de la société sur les êtres. Prisonniers de normes sociales imposées par une Eglise catholique toute-puissante, les personnages se débattent pour atteindre leur vérité intérieure. En cela, la dernière scène où Antonio capitule, allant à l’encontre de ses sentiments profonds, est tout simplement bouleversante. Le tout est souligné par une réalisation gracieuse et jamais racoleuse, mettant en valeur le jeu d’acteurs tous plus brillants les uns que les autres : Pierre Brasseur nous gratifie d’une prestation impressionnante, tandis que Claudia Cardinale et Tomas Milian, tous deux dans la retenue, sont au diapason. De quoi faire du Bel Antonio (1960) une oeuvre sensible et délicate sur un sujet finalement pas si souvent traité au cinéma.
Le DVD
Une édition à petit prix qui nous permet de redécouvrir un très beau film.
Les suppléments
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Pas l’ombre d’un bonus dans cette édition au prix très raisonnable.
Image & son
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Le transfert est plutôt moyen, alternant le bon et le médiocre en fonction des plans. Parfois granuleuse ou floue, l’image peut s’avérer d’une belle précision. On note également quelques problèmes de stabilité qui n’empêchent toutefois pas d’apprécier le spectacle. La version originale en mono sous-titrée est plutôt centrée sur la restitution des dialogues. L’ensemble est donc plutôt de bonne qualité pour une oeuvre si ancienne.