Année de production : 1983
Sur un sujet brûlant, Francis Girod n’a signé qu’un film politique anodin et inconséquent, plombé par un scénario indigent et une réalisation mollassonne. Ennuyeux.
L’argument : Une femme se fait voler son sac. Evènement banal si ce n’est que le sac contenait une lettre de son ex-amant, aujourd’hui président de la république.
Notre avis : Lorsque Françoise Giroud publie en 1983 son roman Le bon plaisir (édité aux éditions Mazarine !!!), elle prend le risque de révéler un énorme scandale politique puisque son livre évoque l’existence d’un fils caché du Président de la République. Certes, la romancière se défend de s’être inspiré d’un évènement réel, mais les ressemblances avec un certain président alors en fonction sont tout de même frappantes. Aujourd’hui, le parallèle est d’autant plus savoureux à effectuer que nous savons pertinemment que l’écrivaine révélait à mots couverts l’existence de Mazarine Pingeot, la fille adultérine cachée de François Mitterrand. Il faudra pourtant attendre dix ans pour que le secret d’Etat soit enfin levé officiellement, ce qui ne laisse pas d’interroger sur l’indépendance des médias dans notre pays. Avec beaucoup de courage et d’aplomb, le réalisateur Francis Girod, connu pour ses positions radicales et ses films saignants (Le trio infernal et L’état sauvage), s’attaque donc à l’adaptation cinématographique de ce brûlot politique et n’en tire malheureusement qu’une satire peu inspirée du pouvoir.
Alors que la première demi-heure laisse augurer le meilleur par une mise en place intéressante des enjeux dramatiques et l’aspect percutant de certains dialogues, le scénario s’enlise peu à peu dans un inutile jeu du chat et de la souris entre les membres du gouvernement et un jeune homme qui détient une lettre compromettante. Alors que ce sujet de départ pouvait donner lieu à un thriller politique palpitant ou encore à une étude au vitriol des travers des hommes politiques, Francis Girod se refuse à choisir une option plutôt qu’une autre. Cette constante hésitation entraîne le film dans une zone grise bien peu enthousiasmante où la timidité du propos n’a d’égal que l’inconséquence de l’analyse politique. On est certes ravis de retrouver Catherine Deneuve en pleine forme, Jean-Louis Trintignant en président odieux et paranoïaque et surtout Michel Serrault en serviteur dévoué, mais le manque de substance du scénario et l’indigence de la réalisation n’empêchent aucunement le long-métrage de sombrer dans un marasme qui se transmet au spectateur.
Le film, malgré son lot de stars et son sujet brûlant n’a d’ailleurs attiré que 1 220 980 spectateurs sur toute la France, le classant ainsi 35ème de l’année 1984, loin derrière Rive droite, rive gauche (Philippe Labro), l’autre grand film politique sorti en octobre 84.