Durée : 1h33mn
Année de production : 1969
Sortie du DVD : 2 juin 2010
Nouveau chef d’oeuvre de Chabrol alors en pleine période dorée. Il touche ici une fois de plus la perfection.
L’argument : Dans un village du Périgord, la vie quotidienne des habitants cesse brusquement d’être tranquille. Des femmes sont égorgées. Par qui ? Le boucher, qui a fait les guerres d’Indochine et d’Algerie, semble devenir le suspect numero un aux yeux de la directrice d’école, qui ressentait pour lui de tendres sentiments.

Notre avis : Claude Chabrol vient tout juste de tourner Que la bête meure (1969) avec Jean Yanne lorsqu’il se lance dans l’écriture du Boucher qu’il rédige en pensant à son nouvel acteur de prédilection. Acclamé par la critique et le public, le cinéaste situe l’action de son nouveau long-métrage une fois de plus en province, cette fois-ci dans le Périgord. Tournage idyllique dans la bourgade de Trémollat et accord parfait entre les villageois qui servent de figurants et toute l’équipe font de ce petit bijou un miracle d’harmonie. Comme rarement au cinéma, tous les éléments concourrent à faire du boucher un pur moment de jubilation. Tout d’abord, l’histoire, en apparence fort simple, touche au plus profond grâce à l’empathie de l’auteur pour tous ses personnages. Contrairement à bon nombre de ses oeuvres passées et futures, Chabrol ne fait preuve d’aucune ironie cinglante et détaille avec amour la vie simple d’un petit village de province. Il faut dire que ses personnages n’appartiennent pas à la bourgeoisie, mais plutôt à une petite classe moyenne (un petit commerçant et une institutrice). Ensuite, les images lumineuses de Jean Rabier et l’inquiétante musique de Pierre Jansen font partie des meilleures contributions à l’oeuvre chabrolienne.

Si la réalisation, précise et délicate à la fois, est tout simplement brillante, elle est au service d’un formidable duo d’acteurs : Jean Yanne est parfait en homme tendre qui cache d’immenses fêlures (en total contre-emploi par rapport au monstre qu’il incarnait dans Que la bête meure), tandis que Stéphane Audran interprète une jeune femme blessée au comportement étonnement moderne pour l’époque. La rencontre de ces deux êtres fragiles bouleverse donc le spectateur même lorsque la révélation finale sonne le glas de tout espoir. Infiniment triste, Le boucher est également une belle réflexion sur la notion de civilisation et de barbarie. Evoquées à de nombreuses reprises, les guerres de décolonisation tissent une toile de fond violente qui contraste avec la douceur de vie apparente du village. Quand à la guerre un meurtre est considéré comme un acte héroïque, ce même acte violent apparaît comme une terrible violation du droit dans la vie civile. Marqué par le sang, le personnage de Jean Yanne est donc tout autant un bourreau qu’une victime. Voilà pourquoi l’empathie envers le personnage ne nous quitte à aucun instant. La magnifique ultime séquence dans la voiture, avec son allure quasiment psychédélique, résonne comme une superbe déclaration d’amour qui reste ancrée en nous longtemps après la projection. Du grand art.
Le DVD
Une jolie réédition d’un chef d’oeuvre chabrolien à posséder de toute urgence.
Les suppléments
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Le journaliste Yves Alion continue durant dix minutes sa présentation des grands films de Claude Chabrol. Il y va de quelques anecdotes précieuses et met en perspective les oeuvres avec talent. Malheureusement, c’est encore une fois très court. La bande-annonce d’époque est également proposée.
Image
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Lumineuses, les images de ce DVD bénéficient d’une définition correcte, même si les plans ne sont pas immaculés. On remarque un certain nombre de points blancs et de petites brûlures sur une copie qui aurait pu être davantage restaurée. L’ensemble est toutefois de qualité.
Son
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L’unique piste française en mono fait son office, mettant en avant l’étrange et inquiétante musique de Pierre Jansen, parfois au détriment de la clarté des dialogues.

Les mauvaises fréquentations ont parfois du bon...