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Le capital - la critique

L’ennemi, c’est la finance

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Portrait au vitriol du monde de la finance et des excès du capitalisme sauvage, le nouveau brûlot de Costa-Gavras divisera une fois de plus, mais ne laissera personne indifférent.

L’argument : La résistible ascension d’un valet de banque dans le monde féroce du Capital.

Notre avis : Adapté du roman éponyme de Stéphane Osmont, le nouveau film de Costa-Gavras est une nouvelle occasion pour le cinéaste de commenter l’actualité et d’en tirer une œuvre à la fois acerbe et ironique. Après avoir mis à mal la dictature grecque avec Z, les dérives du communisme avec L’aveu, la gauche caviar avec La petite apocalypse, l’Eglise avec Amen et la fermeture des frontières avec Eden à l’ouest, le chevalier Costa s’en prend désormais au monde de la finance tant décrié depuis la crise de 2008 qui ne semble jamais avoir de fin. Ayant déjà abordé les conséquences du capitalisme sauvage dans Le couperet où il dirigeait déjà un acteur comique dans un contre-emploi, l’excellent José Garcia, le réalisateur cherche ici à identifier les causes du désordre mondial actuel et livre une œuvre enragée qui s’inscrit pleinement dans une démarche cohérente de dénonciation des dérives d’un système devenu incontrôlable.
Une fois de plus, le cinéaste prend le risque de s’aliéner une partie du grand public en l’obligeant à suivre le parcours d’un petit banquier aux dents longues qui va tout faire pour gravir les échelons un à un. Si le personnage incarné avec aplomb par Gad Elmaleh est une belle ordure, la force de sympathie qui se dégage immédiatement de l’acteur comique permet de contrebalancer ses actes purement cyniques. Le cinéaste insiste notamment sur la question du choix : le banquier connait parfaitement toutes les conséquences qu’impliquent ses décisions, mais il fait sciemment le choix d’affermir le système afin de gagner un peu plus d’argent. Il agit dès lors avec un cynisme qui fait proprement froid dans le dos. Plus pervers encore, son discours largement inspiré des théories de Mao et de certains communistes (d’où le titre Le capital qui se réfère directement à l’œuvre de Karl Marx) lui permet de renforcer son emprise sur une entreprise familiale qu’il finit par noyauter et diriger d’une main de fer. Sorte de Robin des bois inversé (il pique aux pauvres pour donner aux riches), ce requin que personne n’a vu venir finit au sommet et referme le film par une formule choc annonciatrice de tempêtes sociales à venir.
D’une belle clairvoyance quant au fonctionnement de cette mafia légale, Le capital bénéficie d’une réalisation efficace qui fait du long-métrage un thriller financier lorgnant fortement du côté du Wall Street (1987) d’Oliver Stone. Cette efficacité « à l’américaine » permet au cinéaste de capter l’attention du spectateur malgré l’aspect rébarbatif que peut avoir le milieu de la banque et ses montages financiers. Toujours clair, le propos souffre parfois de certains raccourcis franchement dispensables (pourquoi montrer des gamins uniquement captés par leurs écrans d’ordi ? Pourquoi avoir fait du grand méchant du film un consortium américain ?). Ayant parfois la main lourde – un péché mignon du réalisateur – Costa-Gavras n’en tire pas moins un signal d’alarme qui devrait être entendu par un grand nombre de citoyens. Il le fait en tous cas avec un indéniable savoir-faire et un sens de l’efficacité qui font de ce Capital son meilleur film depuis Amen.

Virgile Dumez




Biographie

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