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Le chemin de la liberté - la critique

Long way home

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- Durée : 1h34mn
- Titre original : Rabbit proof fence
- Le site du film

Roadmovie à pied dans le désert austral. Philipp Noyce adapte magnifiquement la véritable odyssée de trois jeunes aborigènes victimes de l’infamie colonialiste.

En 1931, M. Neville, "protecteur" des aborigènes pour l’Australie occidentale, décide de mener une campagne visant à retirer les enfants aborigènes métis de leur famille et de les "civiliser" pour qu’ils deviennent de bons domestiques ou ouvriers agricoles. A Jigalong, dans le désert austral, Molly, 14 ans, sa cousine Gracie, 10 ans, et sa jeune sœur Daisy, 8 ans, sont arrachées à leur famille pour être internées dans un camp à l’autre bout du pays. Elles y découvrent des conditions de vie déplorables où les enfants sont entassés, maltraités et mal nourris. Molly décide de fuir avec Gracie et Daisy pour rentrer chez elles, à plus de 2000 kilomètres. Commence alors la traque...

Rabbit proof fence, le titre original, est le nom d’une barrière qui éventre l’Australie, préservant ainsi les terres fertiles, réquisitions des riches colons, des autres, celles des aborigènes et des lapins. Comble de l’ironie, les lapins ont été introduits pas ces mêmes conquistadors. Une protection contre eux-mêmes en quelque sorte. Ironie toujours, c’est aussi cette clôture que nos trois héroïnes vont longer pour rentrer à la maison. Une barrière qui mène à la liberté, tout un symbole !

Tirée d’une histoire vraie, l’odyssée de ces jeunes filles est indéniablement poignante et leur courage sans frontières. S’il est un papillon qu’on ne peut mettre en cage, Molly (Everlyne Sampi) en fut sûrement la chrysalide. Une sorte de cocon que la notion même d’emprisonnement rend profondement "malade". La vraie Molly a aujourd’hui 86 ans. Ses battements d’ailes dans le désert australien, il y a sept décennies, ont fait naître un cyclone aujourd’hui en Californie, chez le réalisateur australien Philipp Noyce. Effet papillon ou effet boomerang, le retour au pays de l’enfant prodige lui est plus que salvateur. Il faut dire que durant son aparté américain, le cinéaste a oscillé entre le franchement médiocre (Bone collector, 1999) et le carrément mauvais (Le Saint, 1997). Rabbit proof fence n’a rien de tout cela.

Loin des clichés hollywoodiens, son film ressemble à un conte, voire un poème. Un "roadmovie" à pied où il ne filme pas une carte postale mais un pays tourmenté, traqué, à l’instar des trois fugueuses, des fillettes physiquement liées à cette nature caillouteuse et aride. La sécheresse bienveillante du cœur de M. Neville (Keneth Branagh) n’y changera rien, on ne mine pas le chemin de la liberté.

Thomas Delord




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