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Le Christ interdit - La critique + Le test DVD

L’agneau du sacrifice

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- Sortie DVD : 2 avril 2012

Inégal, agaçant, émouvant, l’unique film de Malaparte est aussi singulier et déroutant que ses romans.

L’argument :1950. Bruno, un prisonnier de guerre, revient chez lui en Toscane. Il apprend que son frère a été dénoncé comme résistant et fusillé par les Allemands. Afin de le venger, il cherche à connaître l’identité du traître. Mais tous, que ce soit sa mère, la jeune Maria qu’il aimait où les habitants du village, se refusent à parler...
Notre avis : Présenté au festivals de Berlin et de Cannes en 1951, l’unique film écrit et réalisé par Curzio Malaparte, l’auteur controversé de Kaputt (1944) et de La Peau (1949), ne pouvait que susciter de violentes polémiques à une époque où les clivages esthétiques et politiques étaient bien tranchés. En effet, Cristo Proibito est bien difficile à cataloguer et son auteur s’y emploie à brouiller les pistes, s’attirant les accusations d’opportunisme, de confusion intellectuelle, voire de néofascisme (par Georges Sadoul dans Les lettres françaises).
C’est très ouvertement un film à message et tout y semble subordonné au vibrant plaidoyer que l’auteur veut faire passer. Mais son discours, qui allie le fatalisme à la foi en un progrès possible, le cynisme désenchanté à une mystique de la rédemption, est à vrai dire assez tordu et peut laisser perplexe : appelant au pardon après les années de guerre, il renvoie tout le monde dos à dos et affirme la nécessité d’un sacrifice expiatoire (à l’image de celui du Christ) pour laver l’humanité des rancoeurs et des haines accumulées (C’est le personnage joué par Alain Cuny, plus sage illuminé que jamais, qui se charge d’assumer cette fonction).

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Il Cristo proibito

Les faiblesses du film sont évidentes : acteurs souvent embarrassés de leurs rôles de porte-parole (surtout Cervi et la Morelli, vraiment pas gâtés), symbolisme appuyé, grandiloquence. Mais l’accumulation de défauts, au lieu de plomber l’ensemble, finit curieusement par lui donner des ailes.
Malaparte joue à fond le jeu du pathos et de la grande forme : virtuosité très voyante des mouvements de caméra, du montage et de la composition des plans, sublime photo de Gabor Pogany qui exalte la photogénie de la région de Sienne en s’inspirant de Giotto et de Piero della Francesca, hiératisme à la Eisenstein (versant Que viva Mexico), goût de la célébration primitive qui annonce par moments Pasolini, musique doloriste (signée par Ugo Giacomozzi et par l’auteur lui-même).
Ne quittant guère le registre de l’excès, le film date indiscutablement, agace souvent, mais impressionne aussi (la séquence de la fête de la vierge avec les masques, celle de l’orage) et par moments bouleverse, notamment dans la scène entre le héros (Raf Vallone, très bien) et l’étonnant personnage de la mère du soldat mort sur le front russe qu’il a achevé de sa main par pitié. (C’est elle qui raconte tout à sa place, lui se contentant d’acquiescer).
C’est décidément un objet bien étrange que ce Christ interdit, insaisissable et déroutant comme toutes les oeuvres de Kurt Suckert, alias Curzio Malaparte.


Le DVD

Privée de véritables suppléments, l’élégante édition DVD de Tamasa se signale avant tout par sa qualité technique irréprochable.

Les suppléments

En guise de compléments sur le DVD il faudra se contenter d’une galerie de photos et d’affiches ainsi que des filmographies de Raf Vallone et d’Elena Varzi. Mais un livret de 12 pages, illustré de belles photos, contient un texte de présentation signé Jean Gili qu’on lira avec profit.

Image

La copie est splendide et rend parfaitement justice au travail pictural du chef opérateur Gabor Pogany et à son noir et blanc intense et velouté à la fois. Le report et la compression sont irréprochables.

Son

Un très léger souffle subsiste sur une bande remarquablement nettoyée qui fait résonner très distinctement les voix, les bruitages et la musique, soulignant le côté un peu théâtral du film.

Claude Rieffel




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