Durée version intégrale : 1h48mn
Titre original : Faccia a faccia
Autre titre français : Il était une fois dans l’Arizona
Sortie française : 19 mars 1969
Réalisation splendide, thème adroitement subversif, musique impériale et acteurs inspirés. Autant de termes laudatifs qui définissent à merveille ce très grand western spaghetti.
L’argument : Le professeur d’histoire Brad Fletcher vit dans une ville du nord de la Nouvelle Angleterre. Pour des problèmes de santé, il part s’installer au Texas. Mais sur son chemin, il est pris en otage par l’un des survivants de la « horde sauvage », Solomon Bennet. Bien que différent, le professeur va s’allier à la troupe de Bennet et mettre son savoir au service du crime. Rapidement influencé, il va alors se servir de la violence pour mener à bien ses actions...
Notre avis : A peine sorti du succès de Colorado (déjà en 1967), le cinéaste Sergio Sollima enchaîne avec ce Dernier face à face, avec toujours en vedette Tomas Milian, à qui il adjoint cette fois Gian Maria Volonté, auréolé par son impressionnante prestation dans le génial El Chuncho (Damiano Damiani, 1967). A cette superbe brochette de talents, il faut ajouter la contribution majeure d’Ennio Morricone alors au sommet de sa carrière. Tout était donc réuni pour faire de ce nouveau western spaghetti un must du genre.
Loin des envolées lyriques à la Sergio Leone ou encore des délires baroques d’un Corbucci, Sergio Sollima trouve son originalité dans un respect total sur le plan formel envers le cinéma américain. D’une grande beauté classique, sa réalisation s’appuie sur une photographie somptueuse, des mouvements de caméra gracieux et une musique particulièrement inspirée. Si l’Ouest est bien décrit comme un lieu où la sauvagerie s’exprime librement, le cinéaste se montre bien plus respectueux que ses confrères transalpins quant à la mythologie du western, ce qui renforce d’autant plus son aspect subversif. Moins politique que psychologique Le dernier face à face suit les pas d’un professeur idéaliste qui, grâce à son intelligence, découvre peu à peu l’ivresse du pouvoir. Parallèlement, le bandit illetré, au contact du savant, s’humanise et se rend compte avec horreur qu’il a créé un monstre sanguinaire et sans foi ni loi. Jamais synchrones, ces deux êtres que tout oppose représentent finalement la bourgeoisie intellectuelle ivre de domination pour le premier et le prolétariat exploité par les classes supérieures pour le second. La séquence symbolisant le mieux cette idée intervient lors d’un massacre entre truands en pleine ville : tandis que des hommes de main s’entretuent, les élites regardent l’affrontement bien à l’abri derrière leurs fenêtres, tels des jeux du cirque modernes. Pourtant, Sollima n’insiste jamais lourdement sur cette métaphore politique et préfère rester à hauteur d’hommes, signant ainsi un magnifique hymne à la liberté, poignant et dérangeant à la fois.
Sorti en catimini en France, Le dernier face à face fut charcuté par le distributeur français au point de rendre l’intrigue nébuleuse. Pourtant, conscient de tenir un grand film, il fit une nouvelle tentative juste après le triomphe d’Il était une fois dans l’Ouest (1968) avec une sortie plus conséquente sous le titre racoleur et inexact d’Il était une fois dans l’Arizona. Finalement, la notoriété grandissante du film ne date que de quelques années seulement, après la découverte en DVD de la version intégrale italienne, véritable modèle d’équilibre. Ne passez pas à côté de ce très beau western européen.