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Le filmeur - la critique

Vie minuscule

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- Durée : 1h40mn

Alain Cavalier, filmeur de sa propre vie, fait le choix de la légèreté pour mieux cacher son inquiétude.

L’argument : En 97 minutes, Alain Cavalier évoque en images et en couleurs dix ans de sa vie entre 1994 et 2005. Il filme son entourage, lui-même, et un peu du monde qui l’environne dans un propos souvent drôle et touchant.

Notre avis : C’est sans doute un effet secondaire (et bénéfique) du succès rencontré par Les glaneurs et la glaneuse. Le "cinéma du réel" intéresse davantage, et du coup existe autrement. Succès et reconnaissance bien mérités pour des cinéastes qui n’ont pas attendu l’invention de la caméra DV pour nous offrir ce cinéma sans "histoire", mais riche de cette histoire banale, poétique et intime qui se joue au jour le jour pour chacun de nous. Alain Cavalier dans Le filmeur filme sa vie - celle de son corps, celle de la complicité qui l’unit à sa compagne, celle de sa maison aux oiseaux... Mais aux ignorants et aux négligents qui lui reprocheraient la paresse de son acte de cinéma (j’ai ma caméra, elle tient dans ma main, je filme, et voilà : pas de scénario, pas d’acteurs ni de décor, aucune ingénierie lourde et coûteuse), Alain Cavalier répond dans une courte scène pleine d’humour : ce film autobiographique d’une centaine de minutes est le résultat d’une trentaine d’heures de tournage...
Et le résultat de dix ans d’une vie qu’il condense en un temps flottant, un temps où les indices sont rares pour nous situer dans le temps (un anniversaire, un happening télévisuel en direct de Manhattan où des avions s’encastrent dans des tours, la robe d’une certaine Monica Lewinsky...). Le temps qui pourtant est le centre du film, mais sans en avoir l’air. C’est que le temps passe précisément sans en avoir l’air : il s’est arrêté pour la vieille femme joyeuse qui attend la mort, pour les deux fruits posés devant la caméra (une poire blette qui regarde en chien de faïence un fruit jeune et frais - Agnès Varda nous l’avait déjà fait ce coup-là). Le temps n’existe pas - ou pas encore -, comme pour ces enfants enlacés dans le sommeil qui inspirent la nostalgie aux adultes ("nous aussi on a été comme ça"). Le filmeur filme le temps qui passe et tout ce qui lui survit. C’est aussi la réussite de ce film sans histoire : il parvient à éliminer (conjurer ?) l’idée de la fin. Pour preuve, la fin du film où le cinéaste nous dit "au revoir" comme pour éviter les adieux. Comme si la mort, par la grâce du cinéma peut-être, n’existait plus. La vieille dame presque centenaire n’en finit pas de vivre, la maladie de peau du cinéaste n’en finit pas de se répéter, renonçant par là même à la fatalité du diagnostique médical.
Le propos d’Alain Cavalier est donc plus grave qu’il n’y paraît. Mais le ton de sa voix et la drôlerie de son rapport au monde qui l’entoure rendent son film léger. Alain Cavalier filme admirablement ce compromis qu’il nous faut faire chaque jour avec les choses et les êtres qui nous entourent pour vivre, tout simplement. C’est sans doute ce qu’il nomme une "observation juste de la nature humaine" : une brève rencontre avec un artiste ou un comédien n’a pas plus d’impact sur le déroulement de cette vie filmée qu’un plaisir partagé avec sa compagne. Et rien n’est plus loin du documentaire que ce document sur la vie d’un homme à la fin du vingtième siècle. A voir les yeux grands ouverts.

(Pour aller plus loin, lire sur le site Kinok l’intéressant entretien avec Alain Cavalier qui avait suivi la sortie du film René.)

Max Robin

Le choix du rédacteur




Les avis des internautes

 

> Le filmeur

Par strangedays

Le Filmeur (de Alain Cavalier ; film DV, 1h40, 2005) A lire la distribution des « étoiles » et des premiers commentaires sur les sites "cinéma", ce film d’Alain Cavalier, tourné entièrement en video, sorte de journal intime visuel, illustre parfaitement l’irréconciliable clivage qu’il y a entre d’un côté une critique professionnelle « dithyrambique », concernée donc empathique, émue, bouleversée, car connaissant soi disant « les affres de la création » et d’un autre côté le « grand public », composé lui juste de gens normaux, simplement avide (...)

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