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Le fils de l’autre - la critique

La vie est un long mur tranquille

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A partir d’un sujet absolument passionnant, Lorraine Lévy signe une œuvre cohérente portée par une interprétation impeccable. Dommage qu’elle noie son propos dans une ambiance un peu trop politiquement correcte.

L’argument : Alors qu’il s’apprête à intégrer l’armée israélienne pour effectuer son service militaire, Joseph découvre qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents et qu’il a été échangé à la naissance avec Yacine, l’enfant d’une famille palestinienne de Cisjordanie. La vie de ces deux familles est brutalement bouleversée par cette révélation qui les oblige à reconsidérer leurs identités respectives, leurs valeurs et leurs convictions.

Notre avis : Troisième long-métrage de cinéma de Lorraine Lévy après le dérapage incontrôlé de Mes amis, mes amours, Le fils de l’autre témoigne d’une toute autre ambition. Effectivement, la réalisatrice s’attaque à un sujet déjà maintes fois traité au cinéma (l’échange de bébés à la maternité), mais en lui donnant une résonance politique originale puisque l’action du film se déroule en Israël. A partir d’une intrigue proche de celle de La vie est un long fleuve tranquille, la réalisatrice ausculte avec un indéniable doigté les thèmes de l’identité et de la relativité des prises de position de chaque individu. Ainsi, il est particulièrement intéressant de confronter un ado élevé dans la plus pure tradition juive à ses origines arabo-musulmanes, tandis que l’autre jeune homme découvre son ascendance juive au milieu de ses frères palestiniens.
Au passage, la réalisatrice égratigne les deux communautés en les renvoyant dos à dos dans un bel élan laïque : elle démontre lors d’une séquence chez le rabbin toute l’absurdité d’une religion qui se transmet par le sang (celui de la mère en l’occurrence) et qui reste arc-bouté sur ses fondamentaux sans tenir compte du parcours spirituel de chaque individu. D’un autre côté, elle s’attache aussi à décrire la victimisation à l’œuvre du côté palestinien, poussant ainsi une partie de la jeunesse vers des solutions extrêmes débouchant sur une violence aveugle. Cette partie du film est sans nul doute la plus intéressante par sa volonté de ne favoriser aucun des belligérants et de montrer les zones d’ombre de chaque camp. On peut également visualiser le fossé qui sépare les quartiers juifs de Tel-Aviv, foyer d’un développement digne des pays industrialisés du Nord, des quartiers cisjordaniens où s’entasse la population palestinienne dans des conditions sanitaires scandaleuses.
Malheureusement, le scénario ne tient pas toutes ses promesses. On reste assez dubitatif devant la facilité avec laquelle le conflit latent est désamorcé. Si l’on espère que l’optimisme de Lorraine Lévy se révèlera de bon augure, on est en droit de douter de la validité du constat effectué par le film. Le fils de l’autre prend le pari de l’entente entre les deux peuples grâce à la jeunesse, moins revendicative que ses aînés, et finalement plus prompte à pardonner. Si l’on apprécie évidemment ce message de paix, les évènements les plus récents semblent malheureusement le contredire. Interprété avec beaucoup de sensibilité par une Emmanuelle Devos toute en intériorité et un Jules Sitruk très juste, Le fils de l’autre est finalement victime de ses bonnes intentions et semble un peu trop politiquement correct pour emporter une pleine adhésion. Il n’en demeure pas moins un film intéressant à suivre, tout en s’imposant comme le meilleur long-métrage de son auteure à ce jour.

Virgile Dumez




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