Ce remake de Chère Martha ne trahit pas l’original, mais déçoit en bout de course par son caractère trop prévisible. Juste sympathique.
L’argument : Kate règne sur les cuisines du 22 Bleecker, un des restaurants les plus cotés de Manhattan. Inventive et exigeante, précise et rigoureuse, elle mène sa petite équipe à la baguette et accomplit chaque soir de nouveaux prodiges dans une ambiance studieuse et concentrée. Consciente de ses mérites, elle se veut irréprochable et ne s’autorise aucun relâchement. Fréquemment levée avant 5 heures, jamais couchée avant minuit, Kate mène une existence quasi monacale... Après la mort soudaine de sa soeur cadette, Kate recueille et prend en charge sa nièce, Zoe, 9 ans, en faisant de son mieux pour l’aider à surmonter l’épreuve. Mais la fibre maternelle lui fait cruellement défaut, et ses efforts les plus méritoires se heurtent à la résistance polie de la fillette, qui lui reproche d’en faire trop. De retour au restaurant après une semaine d’absence, Kate a la désagréable surprise de trouver en cuisine un nouveau sous-chef : Nick, blagueur et exubérant, braillant à pleins poumons des airs de Verdi et Puccini pour la plus grande joie du personnel...
Notre avis : En janvier 2004 débarquait sur les écrans français un petit drame romantique tout à fait charmant intitulé Chère Martha (2001) de Sandra Nettelbeck. Racontant l’ouverture à la vie d’une cuisinière au tempérament rigide et autoritaire, cette romance allemande a séduit un large public de par le monde et ceci malgré une mise en scène télévisuelle bien peu enthousiasmante. N’étant jamais les derniers à exploiter les idées des autres, voici que les producteurs hollywoodiens nous donnent leur version avec stars à la clé. On pouvait craindre l’excès de glucose dans cette adaptation américaine d’un mets européen équilibré. Pourtant, respectueux du film d’origine, le réalisateur Scott Hicks - révélé en 1996 par Shine - évite la caricature et caractérise avec un certain talent ses personnages. Débutant comme un vrai drame, Le goût de la vie bénéficie d’une réalisation correcte et d’une belle musique de Philip Glass, dont les notes mélancoliques donnent au métrage un ton intimiste assez grave. Catherine Zeta-Jones est étonnamment sobre dans ce rôle d’une femme qui s’ouvre progressivement aux autres et à l’amour tandis que le choix de la jeune Abigail Breslin - la révélation de Little miss sunshine - se révèle tout à fait pertinent : en un seul regard, la gamine exprime toute la détresse du monde et conquiert nos coeurs.
Malheureusement, arrivé aux trois quarts de la projection, cette jolie histoire commence à pâtiner et les scénaristes semblent incapables de donner plus de punch à un script désormais bien trop prévisible. Le charme s’évapore progressivement tandis que la fin se fait attendre avec une certaine impatience. Le champagne tant attendu se transforme dès lors en un simple mousseux un peu éventé et la traditionnelle recette prémachée de la comédie romantique tourne court. Impersonnelle photocopie d’une oeuvre à la charmante spontanéité, Le goût de la vie ressemble à un plat de maître, mais n’est rien d’autre qu’un mets réchauffé faisant illusion dans un premier temps avant de ne laisser aucune trace dans nos palais de fins gourmets.