Durée : 1h51mn
Titre original : The big knife
Entrées : 220.000 entrées France (1955)
Une critique cinglante du système hollywoodien doublé d’un thriller psychologique d’une grande intensité dramatique.
L’argument : Charlie Castle, vedette de Hollywood, a promis à sa femme de ne pas se lier à son producteur Stanley Hoff par un autre contrat. Mais le malheureux, pour ne pas voir exploiter certains faits délicats de sa vie privée, est obligé de revenir sur sa décision. Quand il tente de faire machine arrière, il est trop tard : tous ceux qui ont intérêt à lui nuire sont là, et sa femme, qu’il veut reconquérir, parle de le quitter...
Notre avis : Adaptation féroce d’une pièce de Clifford Odets, Le grand couteau ose au sein d’un studio (en l’occurence United Artists) déboulonner le système hollywoodien pour révéler son amoralité et sa dévotion aveugle au culte du veau d’or. A la réalisation, on retrouve le cinéaste à la mode, Robert Aldrich, alors fort du succès de Vera Cruz, sorti un an plus tôt. Celui-ci met en scène un huis-clos étouffant se déroulant dans la demeure prison d’une vedette de cinéma et dresse une charge impitoyable contre les nababs d’antan, véritables dieux tous puissants des médias. Dans le rôle crapuleux, l’on retrouve un Rod Steiger teint en blond peu scrupuleux quand il s’agit de manipuler ses stars et le public afin de faire fructifier son capital, un individu ignoble qui possède tous les pouvoirs, dont le plus puissant, celui de faire ramper et de maquiller la réalité à sa guise.

Aldrich remet en cause l’asservissement des réalisateurs et des comédiens sous le joug de contrats impitoyables, mais il rend aussi hommage à quelques grands réalisateurs intransigeants, citant « Stevens, Mankiewicz, Kazan, Huston, Wyler, Wilder ou Stanley Kramer ». En pleine chasse aux sorcières, l’exercice est audacieux et, a posteriori, on en savoure encore davantage toute l’insolence incarnée par Jack Palance, le méchant d’Hollywood (il sortait de Shane de Stevens). L’acteur, très physique, est robuste dans un rôle à contre-emploi de cinéaste qui tente, dans un ultime geste désespéré de droiture, de s’extirper du système. Malgré sa vigueur le personnage se broie peu à peu dans l’étau resserré de son statut volatile de vedette hollywoodienne. L’ancien boxeur et héros de guerre dévoile alors une fêlure contrastant avec son physique imposant, dans le cadre suffocant d’un salon tombeau que n’aurait pas renié le dramaturge Tennessee Williams.
Au final, cette fiévreuse autocritique s’avère encore aujourd’hui l’une des plus sévères contre Hollywood. Elle surprend encore de par sa virulence et passionnera sans nul doute les amateurs de mise en abîme au sein du 7e art. Les autres auront plus de difficultés à rentrer dans ce thriller psychologique tendu, et lui reprocheront une réalité verbeuse et un rythme élastique. Comme le public d’antan qui réserva un accueil très modéré à ce modèle de métacinéma, genre qu’Aldrich ne désavouera pas tournant en 62 l’inquiétant Mais qu’est-il arrivé à Baby-Jane et un Démon des femmes moins percutant en 68.
Le DVD

Carlotta soigne encore le patrimoine du 7e art pour notre plus grand bonheur.
Les suppléments
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Outre la bande-annonce d’époque, cette édition française propose la préface passionnante d’un universitaire, Marc Cerisuelo, sur la vie et l’œuvre d’Aldrich. Douze minutes un peu frustrante au vu de la complexité d’un métrage qui méritait bien une analyse fouillée.
Image
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Le master a connu un beau travail de restauration, livrant une image plutôt riche et harmonieuse, malgré ici et là quelques petits défauts persistants qui n’entravent jamais le plaisir de visionnage.
Son
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Si, comme l’éditeur l’indique, la V.F. connaît quelques petits tracas sonores - qui n’enlèvent rien à son audibilité -, la V.O. en mono Dolby Digital présente des voix claires qui se détachent les unes des autres, sans le souffle présent sur bien des films de cette époque.

L’homme qui a dépoussiéré le cinéma hollywoodien des années 50.