Le duo Kervern/Delépine poursuivent leur déboulonnage de la société moderne en la confrontant à une réflexion libertaire et anarchiste qui ne la ressort pas grandie. Humour sardonique assurée.
L’argument : Les Bonzini tiennent le restaurant ’la Pataterie’ dans une zone commerciale. Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d’Europe. Son frère, Jean Pierre, est vendeur dans un magasin de literie. Quand Jean Pierre est licencié, les 2 frères se retrouvent. Le Grand Soir, c’est l’histoire d’une famille qui décide de faire la révolution... à sa manière.
Notre avis : Dans la lignée de leurs précédentes oeuvres, le duo de réalisateurs Kervern et Delépine bâtissent leur nouveau rejeton, présenté dans la section Un Certain Regard à Cannes, autour d’une bande de personnages excentriques, complètement en marge de la société. Le regard bienveillant qu’ils portent à ces désaxés de la norme s’accompagnent d’un discours humoristique puissant, avec accumulation peut-être un peu longue de sketchs hilarants et d’un discours assuré sur l’état de notre société de consommation où l’on tient le peuple avec la logorrhée de la crise alors que la consommation et le chiffres d’affaires des plus grands atteignent des paroxysmes.
Au coeur d’une zone marchande de périphérie impersonnelle où trônent les grandes enseignes, les mêmes partout en France, donc inutile de préciser dans quelle ville se situe l’histoire, Le Grand soir décrit une famille d’originaux où la tentative de se fondre dans le moule a échoué. Les parents sont décalés, à commencer par la mère farfelue incarnée par Brigitte Fontaine, qui, quand on lui confie son petit-fils, l’abandonne à la déchetterie du coin ! Chaque scène avec la chanteuse comédienne installe les rires dans la salle. Quant à leurs deux enfants, quadragénaires bien entamés, l’un a cru pouvoir se faire une place au coeur du système en vendant des matelas et en déversant un discours de collabo sur la consommation... Il va connaître une chute inexorable vers la clochardise, ici synonyme de liberté et de retour vers la fraternité, puisqu’il va y retrouver son frangin punk, auto-baptisé Not, celui-même qu’il ne pouvait pas voir en peinture pour la déchéance qu’il représentait.
Les deux frères embarqués sur un road-movie de comédie anarchique qui fait la nique à la société, ce sont Dupontel (celui qui bascule) et Poelvoorde (le pur punk, celui qui refuse la notion de travail et les codes d’une société libérale, préférant l’errance et la mendicité avec chien pour mieux attendrir...). Les deux acteurs sont aussi en forme qu’ils ont pu l’être sur la Croisette où ils avaient joué aux trublions du bon goût, provoquant festivaliers et organisateurs en insultant et dévastant tout sur leur passage. Ils offrent à leur personnage ce qu’il y a de plus beau au cinéma, de la sincérité et de la conviction dans les propos, y compris dans les nombreux pêtages de plomb qui sont autant de passerelle vers le cinéma de Dupontel réalisateur (Bernie, Le vilain...).
Le duo fonctionne à fond, tour à tour percutant, incisif, pathétique, émouvants, en tout cas totalement rock n’roll. Malheureusement, en l’absence d’un scénario bien cousu, la suite de numéros parfois dignes d’une caméra cachée, cherche un peu vainement la structure nécessaire pour justifier 1h40mn de comédie noire et impertinente dont le discours aurait peut-être gagné à être amputé de 10 minutes. On ne boudera toutefois pas son plaisir, qui passe aussi par les retrouvailles entre les deux auteurs et l’énorme Gérard Depardieu, qui, le temps d’une unique scène, écrase tout de sa présence. Bref, on marche vraiment dans les traces de Mammuth et on aime ça.

Par roger w
Un film sympathique, parfois très drôle et parfois bien Z. On ne peut s’empêcher de penser au tournage, qui a dû être une vaste foire et l’ensemble souffre sérieusement du manque de sérieux de l’entreprise. Toutefois, on aime le discours légèrement anarchiste ainsi que le constat désolé qui est fait sur notre société de consommation effrénée.