A vouloir traiter de multiples sujets à la fois, Béatrice Pollet dilue le fil narratif de son premier long-métrage à travers un montage chaotique qui empêche toute identification avec les personnages.
L’argument : Archéologue passionnée, Anna Brahé s’entête depuis plusieurs mois à fouiller un vaste site souterrain. Elle est persuadée d’y découvrir bientôt des sépultures. Son supérieur, sceptique et impatient, dépêche sur place Peter Morel, un archéologue reconnu, pour évaluer les découvertes de sa jeune consœur. Alors que tout sépare Anna et Peter, l’effondrement du site va les rapprocher.
Notre avis : Tout premier long-métrage de Béatrice Pollet, scripte sur de nombreux films de Philippe Lioret, Le jour de la grenouille est assurément une œuvre ambitieuse qui cherche à établir des ponts entre passé et présent, tout en auscultant une histoire d’amour complexe entre deux archéologues. Partant d’un accident qui immobilise l’héroïne dans un coma profond, le film suit les errances de son cerveau, sorte d’écho lointain au stream of consciousness cher à Virginia Woolf et James Joyce. Dès lors, la narration se révèle volontairement chaotique afin de faire ressentir la confusion intérieure d’une jeune femme dont les relations avec les hommes et avec sa mère alcoolique s’avèrent problématiques.
Malheureusement, rapidement prisonnière d’un dispositif formel contraignant (des allers et retours constants entre passé et présent dans un ordre apparemment aléatoire), la jeune réalisatrice ne parvient pas à dégager une ligne de force narrative d’un ensemble qui demeure confus des premières aux dernières images. Impossible pour le spectateur de s’attacher à la psychologie des personnages puisque chaque scène ne dure qu’une petite minute avant d’effectuer un retour rapide dans la chambre d’hôpital. Ainsi, on ne comprend pas vraiment pourquoi les deux collègues concurrents finissent par s’aimer, d’autant que le couple incarné mollement par Joséphine de Meaux et Patrick Catalifo ne fonctionne pas vraiment à l’écran. Même les personnages périphériques, pourtant interprétés par des valeurs sûres comme Fanny Cottençon et Dominique Reymond, ont bien du mal à exister.
A vouloir traiter de nombreux sujets à la fois (la persistance de la mémoire, la proto-histoire de l’humanité, les errances du cœur, les difficiles relations filiales ou encore la prise en charge des gens dans le coma), Béatrice Pollet a perdu l’essence même de son projet en cours de route au point de diluer l’intérêt du long-métrage dans un montage hautement conceptuel tuant toute forme d’identification. Seules quelques séquences éparses (la chanson interprétée par Carmen Maria Vega par exemple) parviennent à susciter l’intérêt lorsque la réalisatrice laisse enfin respirer sa scène au lieu de la sur-découper. Bel objet théorique sans doute, Le jour de la grenouille est une œuvre froide et désincarnée qui provoque invariablement l’ennui.
LE JOUR DE LA GRENOUILLE - Bande-annonce VF par CoteCine

Par CALVA14
La critique est tellement facile. J’ai également découvert ce film lors du festival de Cabourg, Oui le montage n’est pas conforme à ce qui ce fait sur les autres films mais justement c’est ce qui donne pleins d’émotions suivant différents angles et rien que pour cela il faut aller le voir pour découvrir les petites grenouilles qui sommeillent en nous. J’irais le revoir avec plaisir dès qu’il passera dans ma région…je (...)
Par Js Athiel
Bonjour, J’ai quelque peu vu naître le film, puisqu’il fut en partie tourné dans notre maison. Puis je l’ai vu, Béatrice m’ayant convié à assister à l’une des rares avant-projections. Pour qui se nourrit de récits linéaires, de logique mathématique, de "facile à voir" et de Mac-Ciné, ce film est une insulte au cinéma. Moi je me suis souvent demandé ce qui nous pousse chaque matin à nous réveiller, à ne pas demeurer à tout jamais dans le sommeil de la nuit. Pourquoi ne pas rester à dormir, réver, pourquoi se réveiller et vivre ? Et pourquoi certains ne (...)
Par Sérapis
Moi j’ai eu le plaisir de le voir en festival à Cabourg, allez le voir c’est une petite pépite... Dire que les comédiens sont mous est vraiment une hérésie, que le montage alterné empêche l’identification me paraît totalement injustifié....quand à l’éventuelle profusion de sujets qui empêcherait la narration, je pense qu’il est tant de penser le cinéma autrement qu’avec un seul axe, et tant aussi d’arrêter de croire que le spectateur n’est pas capable de jongler avec plusieurs points de vue. Que vous n’aimiez pas ce film, soit, (...)