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Le miroir magique - la critique

La rose bleue de Manoël

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- Durée : 2h17min
- Titre original : Espelho magico

A travers les troubles d’une femme obsédée par l’idée de voir apparaître la Vierge Marie, le spectateur est interrogé sur sa propre vie : nous devenons les acteurs du dernier film du centenaire toujours aussi brillant qu’est Manoël De Oliveira

L’argument : Libéré de prison, après avoir purgé une peine pour un crime qu’il n’a pas commis, Luciano trouve un emploi auprès d’Alfreda. Il se lie d’amitié avec cette dame fortunée, qui vit dans une spacieuse demeure et apprécie le luxe, tout en exprimant le voeu de voir apparaître la Vierge Marie...

Notre avis : Après le très personnel Christophe Colomb, l’énigme sorti en septembre dernier dans lequel le cinéaste lui-même partait à la conquête des origines de l’explorateur, le voici de retour à la fiction totale (Christophe Colomb, l’énigme mélangeait investigation et reconstitution).
Le miroir magique est un film qui questionne le spectateur. Les personnages le poussent à réagir, l’interpellent par le biais de très nombreux regards croisés dans le miroir. Les protagonistes s’observent fréquemment et nous avons du mal à déterminer si ce qui nous est donné à voir est le reflet ou l’original. Cette confusion nous place finalement dans le rôle du miroir. Cachés derrière la toile, non palpables, nous sommes pourtant pleinement impliqués : celui qui se regarde, inquiet ou confiant, attend une réponse. Pour comprendre le film, il faut accepter d’entrer dans la logique du raisonnement d’Alfreda (« l’héroïne »), intégrer son monde, traverser ce miroir - la toile - qui nous sépare d’elle. L’irrationnel la dirige ; chercher à comprendre est donc inutile. Il faut accepter. Si l’on ne se décide pas à prendre le pas de l’héroïne de Lewis Caroll, le film reste hermétique. La magie du miroir n’opère que si l’on s’ouvre à lui.
Lorsque l’on décide de porter attention à ces héros ordinaires, l’expérience est belle et porteuse de sens. Le parcours est à la fois linéaire et douloureux. Linéaire car Manoël De Oliveira ne fait pas d’extravagances. Il choisit avec minutie des cadrages précis, majoritairement en plans fixes, agrémentés de quelques travellings. Ces derniers, utilisés pour traverser les pièces, offrent la vision de l’environnement gigantesque dans lequel évolue Alfreda et sa famille - permettant la compréhension de l’état de perdition psychologique dans lequel elle se trouve. Douloureux parce que l’on assiste à une obsession malheureuse qui se transforme peu à peu en névrose incontrôlable. Alfreda souffre en silence : elle accepte l’affliction qui la détruit. Calme, elle n’a finalement pas besoin de voir apparaître la Sainte Vierge. Elle est transfigurée.
Le miroir magique ne cherche pas à convaincre le public qui doit s’impliquer, venir au film et non l’inverse. La lenteur intrinsèque et la longueur des plans permet le questionnement intérieur de chacun, de réfléchir sur la place de la croyance dans nos vies. Mais attention, il n’est pas question de religion, mais de foi, d’idéal de vie. Alfreda est une femme exemplaire dans son attachement à aller jusqu’au bout de ses convictions. L’absolu est son ultime quête. L’ascension progressive de cette femme mène le spectateur à un état réflexif intense et Alfreda est son modèle : libre à nous d’adhérer ou non.
Le dernier film de Manoël De Oliveira est donc une œuvre complexe et profonde qui donne la part belle au spectateur comme acteur. Si l’on ne peut nier l’incroyable retenue des comédiens (clin d’œil particulier à la participation de Michel Piccoli), le regard du spectateur joue une place prépondérante et enrichit le film. On ne sort pas indemne du Miroir magique, mais embelli pour longtemps.

Marine Bénézech




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