Sortie simultanée en DVD, Blu-ray et en salle : 6 octobre 2010
Plus de trente ans en avance, ce long téléfilm de Fassbinder nous convie à arpenter des univers virtuels et à nous interroger sur la notion même de réalité. Tout à fait passionnant.
L’argument : Après la mort soudaine du professeur Vollmer à l’institut de recherche en cybernétique et futurologie, le docteur Stiller est nommé à la tête du projet Simulacron : un programme de réalité virtuelle, simulateur d’évènements dans un monde composé de 9 700 unités identitaires. Lors d’une soirée, Stiller assiste à la disparition du chef de la sécurité. Mais quand il raconte cela, personne ne comprend de qui il parle...
Notre avis : Extrêmement productif, le cinéaste Rainer Werner Fassbinder a toujours alterné projets cinématographiques et télévisuels. Aujourd’hui, les cinéphiles redécouvrent ses travaux pour le petit écran et y dénichent de véritables perles oubliées. C’est le cas de ce Monde sur le fil (1973), téléfilm en deux parties adapté du roman d’anticipation de Daniel F. Galouye Simulacron 3. Intégralement financée par la chaîne allemande WDR, cette oeuvre ambitieuse a bénéficié d’un budget cossu, d’un casting constitué d’anciennes gloires germaniques des années 50 et de décors parisiens à la beauté hypnotique. Toutefois, ce qui frappe immédiatement le spectateur, c’est sans aucun doute la profusion d’idées visuelles qui parcourent l’intégralité du métrage. Alternant plan-séquences exceptionnels et vastes mouvements d’appareils (notamment des travellings latéraux ou circulaires qui donnent le tournis), la réalisation de Fassbinder ne se conforme en rien aux canons traditionnels du petit écran et préfère une sophistication toute cinématographique. Avec ses nombreux plans tarabiscotés, son jeu sur les couleurs et les reflets ainsi que ses angles de prise de vue, Le monde sur le fil est tout d’abord un fascinant jeu de piste formel où le spectateur doit sans cesse questionner le statut de l’image qu’il regarde. Dans ce maelstrom visuel, chaque spectateur est invité à mettre en doute le moindre plan et donc à exercer son regard critique vis-à-vis de ce qu’on lui montre.
Evidemment, on notera également l’extrême modernité du propos puisque le métrage évoque l’univers des mondes virtuels, thème qui ne deviendra vraiment à la mode que dans les années 90-2000. La liste de tous les films qui semblent inspirés par ce long-métrage matriciel serait bien trop longue à dresser, mais elle comprendrait assurément Dark city, la trilogie Matrix, Avalon, Existenz ou plus récemment Inception. Toutefois, le film ne s’inscrit aucunement dans une veine spectaculaire comme les films précédents le laissent penser. En réalité, le téléfilm de Fassbinder se rapproche davantage de la veine fantastique européenne des années 70, faisant beaucoup penser au Solaris de Tarkovski ou encore à La venue de Joachim Stiller de Harry Kümel. Dans tous les cas, son oeuvre bénéficie d’une histoire fascinante dont les présupposés philosophiques sont tout bonnement passionnants. A mi-chemin entre les théories scientifiques des mondes parallèles et le mythe de la caverne de Platon, Le monde sur le fil propose une mise en doute de la réalité qui aurait sans doute plue à un certain Descartes. Toutefois, le grand public ne doit en aucune manière prendre peur à l’énoncé de ces références philosophiques car Fassbinder a placé son film sous le sceau d’un suspense implacable fonctionnant parfaitement au premier degré. Même la durée ne doit en rien retenir le spectateur puisque l’ensemble se suit avec un plaisir sans cesse renouvelé durant les trois heures et demi de projection. L’apanage des grands films.
Le DVD
Une superbe édition que tout cinéphile se doit de posséder.
Les suppléments
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Avant même d’évoquer les bonus, il nous faut une fois de plus souligner la beauté de l’objet que l’éditeur Carlotta offre au public. Dans un joli fourreau, le boitier double DVD est accompagné d’un beau livret de 36 pages avec des documents d’époque et des entretiens récents qui complètent les suppléments vidéo avec bonheur. Sur le premier DVD, on trouve tout d’abord une galerie photo, tandis que la seconde galette comprend un documentaire de 49 minutes revenant sur la création du téléfilm, sur son aspect visionnaire et sa restauration. On apprend ainsi que les quelques impuretés présentes sur la copie restaurée ont volontairement été conservées par le chef opérateur d’origine Michael Ballhaus qui tenait à montrer le film tel qu’il a été tourné (donc avec certains défauts techniques). Le document est précieux et passionnant de bout en bout. Un must du genre.
Image
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Comme précisé au-dessus, la copie restaurée présente encore de nombreux défauts qui respectent toutefois la volonté du chef opérateur. On se retrouve donc devant une image qui manque de définition et qui souffre d’un grain permanent. Toutefois, les problèmes d’instabilité ont été effacés et l’ensemble demeure le meilleur moyen de découvrir ce téléfilm disparu de la circulation depuis très longtemps. On ne fera donc pas la fine bouche.
Son
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L’unique piste sonore en version originale sous-titrée est un mono correct, mais qui manque légèrement de puissance lors des quelques séquences d’action. Par contre, on est admiratif de sa belle restitution des bruitages et autres détails sonores qui ont bien fait l’objet d’une restauration, et non d’une trahison. Les puristes apprécieront.