Durée : 3h20mn
Titre original : The godfather : part II
Une suite meilleure que l’original, bénéficiant d’une structure narrative complexe et d’une histoire tragique particulièrement poignante.
L’argument : Depuis la mort de Don Vito Corleone, son fils Michael règne sur la famille. Amené à négocier avec la mafia juive, il perd alors le soutien d’un de ses lieutenants, Frankie Pentageli. Echappant de justesse à un attentat, Michael tente de retrouver le coupable, soupçonnant Hyman Roth, le chef de la mafia juive.
Notre avis : Face au succès planétaire du premier volet, le studio Paramount commande en 1974 une suite à Francis Ford Coppola, peu enclin à remettre le couvert après les innombrables difficultés rencontrées lors du premier tournage. Après avoir essayé d’imposer le nom de Martin Scorsese comme réalisateur, Coppola s’incline et réclame un budget de quinze millions de dollars (soit deux fois et demi celui du Parrain) qu’il obtient sans problème. Cette fois-ci, le projet du cinéaste est bien plus ambitieux et prévoit des sauts temporels particulièrement osés : il tient à décrire avec précision l’ascension du jeune Don Vito Corleone au début du siècle, tout en racontant la suite des aventures du fiston Michael dans les années 50. Le but est bien de montrer une certaine transmission de la violence, véritable tradition partie de Sicile pour se diffuser jusqu’aux Etats-Unis, par le biais de l’immigration.
La richesse visuelle et thématique de ce deuxième volet est époustouflante et permet de dresser un portrait de l’Amérique sur plus d’un demi-siècle. Toutes les scènes en Sicile sont magnifiques, baignées dans une lumière quasi divine de Gordon Willis, et fleurant bon la nostalgie grâce à la splendide partition de Nino Rota. Les reconstitutions d’époque font preuve d’un soin maniaque incroyable, comme le prouve l’impressionnante séquence à Ellis Island, porte d’entrée des Etats-Unis pour tous les migrants européens. Ne pouvant pas reprendre Marlon Brando pour des raisons d’âge, mais aussi de contrat, Coppola choisit de donner sa chance au jeune Robert de Niro qui compose un Vito Corleone à la présence magnétique et envoûtante. Pour de simples raisons de logique narrative, il ne rencontre pourtant jamais l’excellent Al Pacino dont le personnage est de plus en plus dur et impitoyable, obligé d’en arriver au crime de sang pour pouvoir affirmer son autorité et son pouvoir. Coppola transforme alors son film de gangsters en une tragédie bouleversante, donnant une épaisseur supplémentaire à une œuvre pourtant déjà très forte. Les innombrables qualités de ce film, en tout point supérieur au premier, en ont fait un succès international et, pour la première fois dans l’histoire du cinéma, une suite a obtenu plus de récompenses que l’original : six Oscars ont été décernés pour cette œuvre dont celui de meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur de second rôle pour Robert De Niro et meilleure musique. Autant d’honneurs amplement mérités pour ce chef-d’œuvre inaltérable.