Cynisme et misogynie au programme de la nouvelle comédie de la réalisatrice des Sœurs fâchées. De l’humour de qualité malgré une certaine baisse de régime en fin de métrage.
L’argument : Jean-Pierre Ménard est un homme fortuné et très élégant. Il est marié à Odile depuis dix ans. Celle-ci ne travaille pas et profite sans scrupule de son argent. Leur vie sexuelle est quasi inexistante... Il faut dire que Odile ne fait rien pour éveiller le désir de son mari. Ayant la désagréable sensation de n’être qu’une banque, Jean-Pierre décide de réagir... En pleine nuit, il dérobe la carte de crédit et les chéquiers dans le sac de sa femme. Le lendemain matin, Odile part en courses et découvre, catastrophée, le vol. Jean-Pierre lui impose alors sa nouvelle règle : à partir d’aujourd’hui, pas de cul, pas de fric ! Qu’est-ce qu’elle va faire ? Se résigner, se révolter ? Quel est le prix de l’amour ? Quel est le prix de la liberté ? Quel est le prix à payer ? L’argent dans le couple, véritable révélateur de sentiments enfouis, de haines, de rancoeurs.
Notre avis : La soif de l’or chez la femme doit-elle passer par la désaffection de l’amour ? Dans Le prix à payer Nathalie Baye s’allonge facilement pour quelques milliers d’euros d’argent de poche quand son mari, interprété par un Christian Clavier très sobre, lui coupe les vivres en réponse à l’abstinence sexuelle qu’elle lui impose pendant des années. "Pas de cul, pas de fric." Telle sera désormais la devise conjugale. Femme ou (et) pute. Femme ou (et) maîtresse. Femme au foyer ou femme active. Femme femme ou femme épouse... La binarité et l’ambivalence du statut de la femme devient source d’un humour grinçant et caustique emballé dans des dialogues d’une méchanceté souvent réjouissante, notamment lors d’une scène de repas qui vire aux règlements de compte entre le couple Baye/Clavier et leurs invités Lanvin/Pailhas (le contrepoint prolétaire qu’ils interprètent connaissant les mêmes difficultés).
Le pont entre ce long métrage et Les sœurs fâchées, le précédent film d’Alexandra Leclère, est tracé de fil d’or. Tous les ingrédients malins qui avaient fait le succès de ce dernier se retrouvent ici. La naïveté de Catherine Frot a été transposée dans celle du mari esseulé (Clavier) et la froideur calculée d’Isabelle Huppert trouve écho dans le personnage glacial de Nathalie Baye (délicieuse en bourgeoise hautaine claque-argent). Les rapports conflictuels acharnés entre sœurs ont laissé place à un antagonisme conjugal basé sur le même type de joutes verbales, en plus féroce. De douloureux éclairs de véracité dans un monde caricatural et poussé à l’extrême. Si le comportement vénal de certaines femmes est clairement raillé, l’homme, piteux dans son incapacité à comprendre sa moitié et à mûrir, n’en ressort pas grandi pour autant. Au final, il souffle une brise de misanthropie sur le couple dépeint par Alexandra Leclère, un point de vue justifié par un ton résolument comique qui le rend légitime. Un comble pour une perception du mariage, aussi cynique que désenchantée, qu’on ne partagera pas forcément.
