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Le seuil du vide - la critique

La locataire

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- Durée : 1h16mn
- Année de production : 1971

Cet essai de fantastique à la française se place quelque part entre les délires paranoïaques d’un Polanski et les innovations formelles de la nouvelle vague. Un objet aussi étrange que précieux.

L’argument : Une étudiante, Wanda, se rend à Paris pour suivre des cours de peinture. Personne ne l’attend à la gare. Elle rencontre une vieille dame qui lui propose d’habiter chez elle. Wanda accepte. A son étonnement, une porte est condamnée dans sa chambre. Malgré l’interdiction de sa logeuse, Wanda ouvre cette porte mystérieuse et se trouve plongée dans l’obscurité. La pièce révèle à Wanda toutes sortes de visions, d’objets et de paysages, de phénomènes insolites. La jeune fille devient la proie de magiciens sorciers qui veulent lui dérober sa jeunesse, à moins qu’elle ne soit victime d’un délire paranoïaque.

Notre avis : Séduit par le roman fantastique d’André Ruellan (signé du pseudonyme : Kurt Steiner) intitulé Le seuil du vide, le cinéaste Jean-François Davy a mis deux longues années à tourner avec les moyens du bord un film hors des normes classiques du cinéma hexagonal. Une fois achevé, le métrage a mis plus de deux ans avant de sortir dans une seule salle parisienne où l’écho fut dans l’ensemble favorable, mais forcément limité. Totalement oublié aujourd’hui, Le seuil du vide est pourtant une œuvre à redécouvrir pour tous les fans d’un certain cinéma fantastico-poétique français. Souvent comparé aux œuvres de Jean Rollin, ce long-métrage entretient avec le maître du bis quelques points communs liés à l’absence de moyens et au jeu hasardeux des acteurs. Pourtant, si Dominique Erlanger se distingue par sa diction récitative qui nous renvoie aussitôt à la nouvelle vague, on devrait plutôt rapprocher Le seuil du vide des essais de Roman Polanski. Ainsi, Répulsion et Rosemary’s baby sont des références évidentes de Jean-François Davy. On se demande même jusqu’à quel point le metteur en scène ne s’est pas inspiré du roman de Topor Le locataire chimérique publié en 1964 (et adapté en 1976 par... Roman Polanski pour son Locataire) tant les points communs sont nombreux.
Malgré de nombreuses maladresses que nous pouvons mettre sur le compte de la jeunesse et du manque de moyens, cette œuvre méconnue propose pourtant au spectateur une plongée dans un fantastique ambigü qui laisse libre de toute interprétation. Véritable manipulation de la part d’un groupuscule spiritualiste ou simple chronique d’une descente infernale dans la folie, le film ne nous permet jamais vraiment de trancher et préfère laisser le spectateur dans un doute bienvenu. Utilisant toutes les ressources possibles du montage (décalage entre son et image, photographie solarisée ou encore jump cuts que ne renieraient pas David Lynch), Davy se fait plaisir et expérimente toutes les ressources à sa portée afin de nous plonger dans un monde parallèle, comme si notre réalité s’effaçait progressivement sous nos pieds. Il faut remonter aux expérimentations filmées de Jean Cocteau pour retrouver ce plaisir simple et absolument sincère d’entrer de plain-pied dans un monde surréaliste dont la logique nous échappe totalement. Ceux qui aiment profondément les délires lynchiens ou encore les sommets de paranoïa polanskiens cités ci-dessus, devraient donc jeter un œil attentif à cet essai français resté sans lendemain. Ses nombreuses qualités et sa totale sincérité vous feront sans doute oublier certaines maladresses stylistiques, ainsi que son aspect désespérément fauché.

Film disponible dans le coffret Jean-François Davy chroniqué ici

Virgile Dumez


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