Durée : 1h28mn
Ce petit classique du film pornographique français des années 70 bénéficie d’un scénario solide et accrocheur. Drôle et touchant à la fois.
L’argument : Joëlle est mariée à Eric, un architecte sympathique, mais qui a tendance à délaisser sa femme depuis quelque temps. Joëlle, pourtant, dirige une entreprise de publicité et n’est donc pas inactive. Mais voilà que sa libido, plutôt en berne depuis quelques mois, se met à se réveiller soudainement, brutalement, même, puisqu’elle en vient jusqu’à prodiguer une fellation à l’un de ses employés de manière impromptue, dans son bureau. Après quoi, elle se demande ce qui lui est passé par la tête. Serait-elle possédée ? Elle ne tarde pas à avoir l’explication de ce comportement. Après avoir fait l’amour avec Eric, sans avoir joui, Joëlle s’aperçoit avec horreur que son sexe se met à parler !
Notre avis : Peu reconnu en tant que cinéaste, Claude Mulot s’oriente au début des années 70 dans le cinéma pornographique sous le pseudonyme de Frédéric Lansac. Curieusement, c’est dans ce genre unanimement considéré comme vil et dégradant que le réalisateur révèle un véritable talent de conteur. Deuxième long métrage de sa carrière pornographique, Le sexe qui parle (1975) peut effectivement se targuer d’être un petit classique du genre, notamment grâce à une mise en scène tout à fait correcte, des éclairages soignés de Roger Fellous, un jeu d’acteur passable et surtout une écriture qui dépasse de loin les enjeux habituels de ces productions opportunistes. Ainsi, le cinéaste ne se contente pas d’enchainer les séquences hot et construit une véritable intrigue aux nombreuses implications psychanalytiques et psychologiques. Pour une fois, les personnages ne sont pas sacrifiés sur l’autel de la chair facile et se révèlent même d’une belle complexité. Le personnage principal incarné par la jolie Pénélope Lamour (au jeu tout de même bien fragile) souffre ainsi de nombreux traumatismes liés à de malheureuses expériences avec les hommes. Lorsque son sexe commence à s’exprimer (grand moment de cinéma bis), il ne fait que révéler les désirs enfouis de cette jeune femme délaissée et frustrée. Dès lors, le ça freudien prend le dessus sur le sur-moi bourgeois et entraine le film avec lui dans une spirale de fantasmes tous plus transgressifs les uns que les autres.
Contrairement à ses confrères de l’époque qui tournaient essentiellement des films destinés à satisfaire la libido des bourgeois sans jamais remettre en cause l’ordre établi (et en rappelant accessoirement aux femmes qu’elles doivent satisfaire leurs époux), Claude Mulot ose bousculer les conventions en faisant de l’homme un être pitoyable, incapable de répondre aux exigences de son épouse. Comme dans son futur classique La femme objet (1980), l’auteur, à l’aide d’un humour salvateur, défend une position féministe plutôt rare dans le genre. Tour à tour drôle (les interventions vulgaires du sexe bavard), dramatique (la scène de l’inceste), provocateur (le curé qui atteint le septième ciel par des voies très pénétrables) ou encore touchant (la jolie séquence du dépucelage des ados), Le sexe qui parle mêle avec bonheur sexe non simulé et érotisme d’une belle sensualité pour le bonheur des amateurs d’un genre souvent avare en émotions contrastées. De quoi en faire un incontournable.