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Le shérif - la critique + le test DVD

Il faut sauver le cow-boy Ryan

- Année de production : 1956
- Sortie du DVD : 17 janvier 2012

Malgré une réalisation assez impersonnelle, cet excellent western bénéficie d’un scénario brillant et d’une interprétation de premier ordre. Classique, au sens noble du terme.

L’argument : Marshall d’une localité de l’Ouest, Cass Silver fut autrefois expulsé d’un ville pour avoir été trop porté sur la gâchette et avoir abattu froidement Anderson, un truand. Cass voit son passé resurgir lorsqu’un trafiquant et propriétaire de bar entend s’opposer à lui. Dans le même temps, Thad, le fils d’Anderson entend venger la mort de son père.

Notre avis : Projet qui traînait dans les tiroirs de la Fox depuis 1952, l’adaptation du roman de Verne Athanas (The Proud ones) est passée entre de nombreuses mains (les acteurs Victor Mature, Gregory Peck, Gary Cooper ou encore Robert Stack ont été un temps envisagés pour tenir le rôle principal) avant de se retrouver dans celles de Robert Ryan, à qui les producteurs ont offert Virginia Mayo et Jeffrey Hunter comme partenaires. Tandis que le scénario est signé Edmund North (célèbre pour avoir écrit le script du film de SF Le jour où la Terre s’arrêta en 1951), la réalisation est octroyée à Robert D. Webb, habile faiseur qui est surtout resté dans les annales du cinéma pour avoir été l’assistant d’Henry King pendant des années. Photographié par l’excellent Lucien Ballard et mis en musique par Lionel Newman, Le shérif (1956) a donc bénéficié du talent conjugué de techniciens de très haut niveau et le résultat final s’en ressent fortement.

D’un classicisme revendiqué, ce western ne cherche aucunement à se démarquer du genre auquel il appartient, mais il parvient à enrichir les habituels archétypes d’un sous-texte riche. On est ainsi totalement convaincu par sa description d’une petite ville de province en plein développement économique en cette fin de 19ème siècle. Image d’un capitalisme triomphant, la bourgade s’enrichit à toute vitesse et s’enivre du doux parfum de l’argent facile. Au milieu de cette folie qui gagne même les élites urbaines, le shérif incarné avec beaucoup de conviction par un Robert Ryan impérial peut apparaître comme une figure solitaire, un homme moral et juste qui doit lutter d’abord contre lui-même (il est physiquement diminué par une cécité naissante) et toute une ville hostile. Si le thème rappelle bien entendu celui du Train sifflera trois fois (Zinnemann, 1952), évidente source d’inspiration du film, il annonce surtout celui de Rio Bravo (Hawks, 1959) avec lequel il entretient de troublantes ressemblances. Nous ne parlerons pas ici de copie, mais bien d’un esprit commun qui relie ces westerns des années 50.

Si le long-métrage de Robert D. Webb pâtit d’une réalisation trop impersonnelle, l’amateur de western devrait prendre un grand plaisir à suivre l’évolution psychologique de personnages particulièrement bien écrits, en proie à des doutes qui enrichissent fortement la dramaturgie. La superbe musique, le suspense lié à la cécité du héros et la présence d’un nombre impressionnant de seconds couteaux savoureux (on adore notamment Robert Middleton, le monolithique Ken Clark ou encore Walter Brennan dans un rôle similaire à celui qu’il tiendra justement dans Rio Bravo), tout ceci fait de The Proud ones un vrai bonheur de cinéphile.


Le DVD :
Une bien belle restauration d’un film rare. A prendre sans hésitation.

Les suppléments :

Même si on est heureux de retrouver Patrick Brion, son intervention de huit minutes est un petit peu frustrante. On aurait aimé en savoir un peu plus sur la réception du film à l’époque, par exemple. La galerie photo et la bande-annonce terminent une partie bonus un peu légère.

Image :

Très lumineuse, la copie proposée a été débarrassée de la plupart des affronts du temps. L’ensemble tient bien la route, même si la définition n’est pas toujours optimale en fonction des plans. Du bon travail en tout cas.

Son :

La version originale mono est d’excellente tenue et propose un mixage parfaitement équilibré. On est nettement moins convaincu par la piste sonore française qui n’est pas d’époque et qui présente un doublage aux voix parfois choquantes, car totalement artificielles. Les puristes sauront quelle piste choisir.

Virgile Dumez

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