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Le sommeil d’or - la critique

La mémoire retrouvée

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Davy Chou ressuscite le temps d’un documentaire le cinéma populaire cambodgien des années 60 totalement éradiqué par le régime khmer rouge. Une page d’histoire culturelle indispensable.

L’argument : Le cinéma cambodgien, né en 1960, a vu son irrésistible ascension stoppée brutalement en 1975 par l’arrivée au pouvoir des Khmers Rouges. La plupart des films ont disparu, les acteurs été tués et les salles de cinéma été transformées en restaurants ou karaokés. Le sommeil d’or filme la parole de quelques survivants et tente de réveiller l’esprit de ce cinéma oublié.

Notre avis : Petit-fils d’un important producteur de films cambodgiens des années 60, Davy Chou a commencé par demander à sa tante de lui raconter l’histoire de cet homme qu’il n’a jamais connu. Il découvre alors la naissance vers 1960 d’un cinéma cambodgien très populaire jusqu’en 1975, année de prise du pouvoir par les Khmers rouges. Alors que le patrimoine cinématographique local comprenait environ 400 titres, il ne reste presque plus rien aujourd’hui de ce pan entier de la culture nationale cambodgienne. Ainsi, le régime communiste a non seulement détruit les studios, brûlé les bobines des films existants, fermé les salles pour les reconvertir en maisons du peuple, mais également tué la plupart des artistes et des techniciens. Il s’agit bien ici d’un véritable génocide culturel.
Souhaitant retrouver la trace de ce cinéma très populaire, Davy Chou est donc parti avec sa caméra au Cambodge pour faire revivre le temps d’un documentaire ce temps béni des dieux. Il se trouve alors face à un défi de taille : comment retracer l’histoire d’un cinéma dont il ne subsiste quasiment aucune image ? Davy Chou traque toutes les traces possibles de cette période dans la mémoire des gens qu’il interroge. On se rend rapidement compte que les anciens se souviennent parfaitement des films qu’ils ont vus dans les années 60, et que leurs enfants sont également imprégnés de ces histoires alors même qu’ils n’en ont vu aucune image. La transmission orale a ici joué un rôle fondamental, renforcée par la diffusion des chansons populaires qui parsemaient ces films. Finalement, Davy Chou découvre avec stupeur que cette culture populaire ne s’est jamais effacée des mémoires collectives, et ceci malgré toutes les tentatives d’éradications des Khmers rouges.
Dans sa quête éperdue, le documentariste a retrouvé quelques cinéastes importants comme Ly Bun Yim, Yvon Hem ou encore Ly You Sreang qui évoquent avec beaucoup d’émotion leur parcours personnel. La destruction quasiment intégrale de leur œuvre et surtout l’élimination complète de leur famille font de leur destin brisé un drame intense qu’ils revivent avec pudeur pour témoigner de l’horreur. Dans ces moments intimes, le réalisateur laisse la caméra tourner et parvient à saisir des émotions furtives qui bouleversent le spectateur. Lorsqu’il tourne en extérieur, Davy Chou se révèle également un excellent cinéaste, choisissant avec soin ses cadrages et livrant ainsi un documentaire aussi passionnant sur le fond que soigné sur la forme. Le sommeil d’or parvient donc à ressusciter toute une époque disparue avec un talent rare. Précieux.

Virgile Dumez