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Le tambour - la critique

Jeux de nain, jeux de vilain

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Métaphore sur l’Allemagne nazie, Le tambour est une œuvre à la beauté étrange et vénéneuse. Attention, chef-d’œuvre !

Palme d’or, Cannes 1979

L’argument : Dantzig, 1924. Le petit Oscar, enfant surdoué, voit le jour. Dès sa naissance, il trouve en face de lui deux pères possibles : l’un est allemand et époux légitime de sa mère, l’autre est un Polonais amant de celle-ci. Ne voulant pas accéder au monde dégoûtant des adultes, Oscar décide de mettre fin à sa croissance...

Notre avis : Le cinéaste allemand Volker Schlöndorff, déjà auteur de l’excellent Honneur perdu de Katharina Blum (1975), se lance en 1979 dans l’adaptation du plus célèbre roman de Günter Grass publié vingt ans plus tôt et considéré comme une des œuvres majeures de la littérature allemande de l’après-guerre. Schlöndorff lui-même est alors salué comme étant un des artisans les plus sérieux du renouveau du cinéma allemand des années 70, avec notamment Wim Wenders. Cinéaste politique et généralement très engagé à gauche, Schlöndorff met ici de côté sa tendance au didactisme pour nous conter une histoire très étrange, dégageant un certain parfum de scandale. Métaphore de la situation particulière de la ville de Dantzig dans l’entre-deux-guerres, le film présente un personnage qui refuse de choisir entre deux géniteurs (l’un allemand et l’autre polonais), tout comme ce port hanséatique écartelé entre les deux nations.
Oscar, à l’instar de la majorité du peuple allemand, refuse de grandir et d’affronter la réalité, préfèrant se réfugier dans un monde chimérique (celui de l’enfance pour le gamin et celui du Reich de mille ans pour les Germains). De même qu’Hitler entraîne une nation entière vers sa ruine, Oscar ne fait que provoquer des catastrophes amenant la mort de ses géniteurs. Le parallèle est encore plus évident lors de l’attaque de la poste de Dantzig le 1er septembre 1939, événement majeur qui enclencha les hostilités plus connues sous le nom de Seconde Guerre mondiale : Oscar se trouve à l’intérieur du bâtiment et provoque la mort de son père polonais, métaphore non voilée de l’intégration forcée de la Pologne dans le grand Reich allemand. Enfin, lorsque la guerre se termine, Oscar décide de grandir à nouveau, comme si la nation allemande avait enfin tiré la leçon de ses erreurs et pouvait ainsi renaître de ses cendres.
Cette richesse thématique est renforcée par un magnifique travail du polonais Igor Luther sur la photographie, composant une suite ininterrompue de tableaux tous plus splendides les uns que les autres. La musique de Maurice Jarre accentue encore ce sentiment d’étrangeté qui naît durant la projection. Car Le tambour, loin de tomber dans l’académisme et le classicisme, est avant tout une œuvre profondément originale qui ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même. Dérangeant lors des séquences de sexe mettant en scène le très jeune David Bennent (à peine treize ans), vomitif lors des scènes avec les anguilles et le suicide progressif de la mère, Le tambour est un film complexe, riche d’une palette de sentiments opposés (du rire à l’émotion). Mais l’impact du métrage ne serait pas le même sans la découverte du gamin David Bennent : son corps à la limite de la difformité, son visage étonnamment mature et ses yeux globuleux ne permettent pas de lui donner un âge précis, ce qui le rend crédible à chaque étape du film. Son magnétisme - il dévore la caméra - irradie chaque plan et permet au spectateur d’être fasciné par ce destin fantastique et hors norme. Cette singularité fut payante puisque le film obtint en 1979 la Palme d’or, ex-aequo avec Apocalypse now de Francis Ford Coppola, ainsi que l’Oscar du meilleur film étranger en 1980. Récompenses amplement méritées pour ce qui reste à ce jour comme le chef-d’œuvre de Volker Schlöndorff.

Notes : Le film ressort au cinéma dans une version entièrement restaurée le 10 août 2011 par les soins de Tamasa Distribution.

Virgile Dumez

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Les avis des internautes

 

Le tambour - la critique

Par pioli03.8

La première fois que nous avons vu ce film un peu par hasard et curiosité, il était sous-titré. Scotchés nous avons été. Puis nous l’avons revu en français, et nous avons subi la même fascination morbide. En fait ce chef-d’oeuvre laisse une impression de sale méchanceté due au contexte historique malsain de l’époque. Il faut avoir vu ce film au même titre que les "damnés" de Visconti.

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