Année de production : 1976
Titre international : Shaolin Temple
Fantaisiste sur le plan historique, ce film d’arts martiaux suscite l’intérêt par son casting impressionnant et sa réalisation racée, même si les combats laissent parfois un goût d’inachevé.
L’argument : La dynastie Manchu entend bien soumettre tous les temples Shaolin afin que disparaisse cette technique de combat. Les moines du dernier temple à résister ne vont pas se laisser faire.
Notre avis : Dernier long-métrage que le cinéaste Chang Cheh a consacré aux moines de Shaolin, Le temple de Shaolin (1976) a été tourné en partie à Taïwan dans de véritables monastères avec la crème des acteurs martiaux de l’époque. Pour la première fois, le cinéaste conte la destruction du fameux temple au XVIIème siècle, en y ajoutant une touche fantaisiste qui éloigne délibérément le film de la véracité historique. Ainsi, le réalisateur n’hésite pas une seconde à mélanger les époques et même à tuer une figure aussi mythique que celle de Fong Sai Yuk, généralement considéré comme le principal survivant du massacre. Cette liberté prise avec l’histoire est encore accentuée par la mythification de certains personnages et de certains événements. Dès lors, Le temple de Shaolin ne doit pas se visionner sous l’angle du film historique, mais bien plutôt sous celui du film de genre exploitant une histoire connue de tous pour livrer un pur moment de divertissement.
En ce sens, le long-métrage est plutôt une réussite puisqu’il parvient pendant une heure et demie à intéresser le spectateur malgré l’absence notable de tension dramatique. L’initiation des jeunes disciples suscite l’intérêt par un mélange judicieux de philosophie bouddhiste et d’humour. Les différents acteurs sont pour beaucoup dans le plaisir que ressent le spectateur, avec une mention spéciale pour les performances d’Alexander Fu Sheng (excellent Fang Shi-yu) ou encore celle de Kuan-Chun Chi. On reste par contre déçu par l’absence de grande séquence mettant en scène le duo mythique David Chiang / Ti Lung.
En rupture avec le chorégraphe Liu Chia-liang (devenu réalisateur de l’excellent 36ème chambre de Shaolin), Chang Cheh confie la chorégraphie des différents combats à Hsieh Hsing et Chan San Yat. Malheureusement, ces derniers n’arrivent jamais à la cheville de leur prédécesseur. Ainsi, la dernière demi-heure (l’assaut du temple par les troupes impériales) souffre d’une certaine confusion dans la mise en place des combats. Non seulement les différents affrontements semblent parfois confus, mais l’enjeu narratif se perd dans un déluge de duels, certes efficaces, mais quelque peu lassants. Alors que la préparation des athlètes laissait présager un combat final où le groupe formerait une seule force face à l’envahisseur, Le temple de Shaolin se perd en une multitude de combats individuels où les talents des différents personnages ne sont finalement pas vraiment exploités.
Sympathique de bout en bout, ce produit typique des productions Shaw Brothers des années 70 marque donc un fléchissement qualitatif dans la production pléthorique de Chang Cheh, cinéaste qui s’est ensuite abimé dans les profondeurs du cinéma bis. Ce film en porte déjà quelques stigmates (certains bruitages stupides), mais conserve une réelle tenue visuelle qui le place dans la bonne moyenne des productions HK.
Notes : Attention, ce film ne doit pas être confondu avec un autre Temple de Shaolin datant de 1982 avec Jet Li dans le rôle principal et réalisé par Chang Chin-yun.
