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Les adieux - la critique

Les illusions perdues

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- Durée : 1h37mn
- Titre original : Pozegnania

Cette histoire d’amour impossible n’est qu’un prétexte pour évoquer le climat trouble qui règne en Pologne depuis la Seconde Guerre mondiale. La maîtrise formelle de Has y éclate sans délaisser la richesse thématique d’un film plus complexe qu’il n’y paraît.

L’argument : Pawel, jeune étudiant révolté contre son milieu, rencontre Lidka, une entraîneuse de cabaret. Ils tombent immédiatement amoureux et passent quelques jours dans une auberge près de Varsovie. Des années plus tard, lorsque Pawel sort d’un camp de concentration, ils se recroisent par hasard. Et si le temps a passé - Lidka est désormais mariée à un aristocrate opportuniste, cousin de Pawel - elle semble toujours attirée par lui...

Notre avis : Après le choc provoqué par son premier long-métrage d’un pessimisme radical (Le nœud coulant en 1957), le réalisateur Wojciech J. Has semble adoucir son propos avec sa deuxième œuvre. En apparence seulement. Effectivement, Les adieux confirme le talent du cinéaste pour raconter une histoire apparemment banale, mais aux nombreux niveaux de lecture. Ainsi, l’intrigue proprement dite de ce métrage est très simple à résumer et ne présente d’ailleurs pas de réel intérêt. Sorte d’aventure sentimentale qui ne débouche finalement sur rien de tangible entre deux personnages égarés, Les adieux, adaptation du roman de Stanislaw Dygat, semble se dérober sans cesse. Alors que le spectateur s’attend à un manifeste nostalgique sur l’amour perdu, ou encore à une critique acerbe de la société polonaise, Has ne cesse de contourner les chemins balisés pour emprunter des directions bien plus hasardeuses. D’où une impression de malaise ou d’incomplétude.
En réalité, cette œuvre en apparence très simple demande une analyse historico-métaphorique pour révéler toute sa saveur. Ainsi, le jeune couple amoureux représente la jeunesse polonaise d’avant-guerre partagée par leur appartenance sociale. La rigidité des codes et des mœurs font qu’ils ne s’avouent jamais un amour qui crève pourtant l’écran. Fortement divisée par des rapports de classe, le société polonaise rêve une unité qui n’existe pas. Au milieu du film, on se retrouve en 1944, peu de temps après l’échec de l’insurrection de Varsovie, sous l’occupation allemande. Totalement désespérée, la population pactise avec l’ennemi et certains aristocrates vont même jusqu’à collaborer afin de maintenir leur rang social (le cas du comte, magnifiquement interprété par Gustaw Holoubek). Désormais, les valeurs sont inversées : les anciens valets peuvent s’enrichir grâce à la guerre, tandis que les ci-devants nobles sont réduits à l’état de sans abris. Encore une fois, l’amour des deux jeunes ne peut être consommé. Le rêve d’une unité polonaise n’est plus d’actualité.
Les cinq dernières minutes, quasiment oniriques, voient l’arrivée des troupes de l’Armée Rouge dans une gare désaffectée, où les deux amants cherchent à nouveau à se rejoindre. Terminant son film de manière ouverte, Has ne tente aucunement de produire un commentaire sur la situation de la Pologne sous le joug communiste, mais la tonalité générale du film laisse à penser que, définitivement, cet amour restera impossible. La Pologne, en 1958, est toujours un territoire annexé et dominé par un occupant. C’est cette dimension métaphorique, ainsi que la beauté des plans qui font des Adieux une œuvre majeure, typique d’un certain cinéma polonais de la fin des années 50.

Virgile Dumez


Biographie

Wojciech J. Has, le génie baroque

Un cinéaste à l’œuvre cohérente, profonde et d’une beauté esthétique flamboyante.

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