![]()
Durée : 1h30mn
Titre original : I crudeli
Excessif dans sa violence et gagné par une fièvre destructrice souvent outrée, ce western spaghetti inégal est avant tout un agréable divertissement. On est quand même loin de Django.
L’argument : Un soldat confédéré s’empare d’un trésor et tente de traverser le pays, son butin dissimulé dans un cercueil. Son voyage va connaître quelques contretemps.
Notre avis : Tout juste un an après avoir connu la consécration au box-office international grâce au triomphe de son western mythique Django (1966), le réalisateur Sergio Corbucci revient à son nouveau genre de prédilection par le biais de cette production Albert Band. Le père de Charles Band (futur producteur de films d’horreur fauchés des années 80) avait déjà tourné en 1965 un western avec la star déchue Joseph Cotten (Les forcenés), profitant des structures de production espagnoles pour limiter les coûts. Il récidive deux ans plus tard avec Les cruels dont il confie cette fois-ci la réalisation à Sergio Corbucci et la musique à un certain Ennio Morricone. Une fois de plus à la tête d’un casting international, Joseph Cotten y interprète un soldat sudiste qui refuse de s’avouer vaincu et cherche à continuer la guerre de Sécession par tous les moyens. Inspiré de faits authentiques, cette histoire emprunte toutefois des sentiers hautement improbables et romanesques qui font d’ailleurs lorgner le film vers le fantastique.
Visiblement très content de son travail sur Django, Sergio Corbucci recycle certaines idées de son œuvre séminale, comme par exemple la présence d’un cercueil censé dissimulé un butin, mais aussi la présence d’un terrain boueux dans une étonnante scène de cimetière, encore une fois plus proche du film d’horreur que du western traditionnel. Enfin, le cinéaste fait une fois de plus preuve d’un sadisme outrancier qui devrait ravir les fans du western spaghetti et choquer les tenants d’une facture plus classique.
Parfois gagnés par une hystérie proche de la folie, les personnages sont tous des êtres pervers uniquement intéressés par l’argent (sauf Joseph Cotten, obsédé par l’idée de reformer une armée sudiste). Lors d’un final excessif à souhait, tous les personnages se retrouveront seuls face à l’ineptie de leur quête, réminiscence de thèmes chers à John Huston (on songe au Trésor de la Sierra Madre).
Malheureusement, si la réalisation de Corbucci parvient à transcender un script que l’on devine rachitique lors de séquences d’une violence hallucinante (le massacre initial est un grand moment), l’intégralité du film ne tient pas toujours la route. Certains acteurs sont en roue libre : Gino Pernice en fait trop en fils psychopathe et l’Espagnol Julian Mateos manque de charisme. Par contre, le jeu très sûr de Norma Bengell (belle brésilienne, connue pour ses rôles dans le Cinema Novo) et la tenue de Joseph Cotten permettent au spectateur de mieux appréhender leurs personnages respectifs, légèrement plus nuancés que les autres. Sans être un classique du genre, Les cruels donnera satisfaction aux amateurs de baroque italien et sera rejeté en bloc par les admirateurs du western à l’américaine.