Année de production : 1951
Cruellement daté, ce film de propagande à la gloire de l’armée américaine est sans nul doute l’un des films les plus faibles de l’immense Nicholas Ray. A oublier.
L’argument : Lors de la bataille de Guadalcanal, le sévère major Kirby s’oppose au capitaine Griffin, plus libéral.
Notre avis : Auteur remarqué d’un petit bijou intitulé Les amants de la nuit (1949), le réalisateur Nicholas Ray tourne ensuite deux bons films pour mettre en valeur le talent d’Humphrey Bogart (Les ruelles du malheur en 1949 et Le violent l’année suivante), puis passe à la RKO où il devient l’homme à tout faire d’Howard Hugues. Le milliardaire excentrique le charge de rafistoler quelques films bancals, puis lui confie La femme aux maléfices, film noir de bonne facture avec Robert Ryan. Acteur qu’il retrouve aussitôt pour un film de guerre qui tient à cœur d’Howard Hugues, aviateur passionné : Les diables de Guadalcanal (1951). Le but non avoué du producteur était de réaliser un pur film de propagande à la gloire de l’armée américaine afin de ne pas être soupçonné d’accointance avec les communistes. Effectivement, en 1951 la chasse aux sorcières de McCarthy fait rage, et dans le même temps, la guerre de Corée accentue les tensions au sein de l’industrie cinématographique hollywoodienne.
Nicholas Ray se retrouve donc aux commandes d’une entreprise dont il n’approuve pas le discours, ce qui lui vaudra de nombreuses discussions houleuses avec John Wayne, dont l’anticommunisme primaire est connu de tous. Finalement, l’affrontement visible dans le film entre le libéral Robert Ryan (célèbre pour ses opinions de gauche) et le conservateur John Wayne a bien eu lieu sur le plateau. Malheureusement, le film penche plutôt du côté de la star du western, présentée comme un homme dur, mais plein de bon sens dans le cadre du champ de bataille, alors que le personnage de Robert Ryan manque de constance. Ce point de vue résolument conservateur se voit lors de la dernière séquence où Ryan finit par adopter les méthodes douteuses de Wayne afin de mener ses hommes à la victoire.
Outre le discours de propagande, particulièrement maladroit et passablement vieillot, Les diables de Guadalcanal souffre d’un scénario bien trop répétitif pour susciter l’intérêt. Installant un schéma binaire répété à l’infini (une bataille ne se déroule pas comme prévu, puis les deux militaires règlent leurs comptes), le script se révèle incapable de renouveler le discours convenu d’un cinéaste aux ordres. Le résultat est une œuvre insignifiante qui abandonne le spectateur sur le tarmac au bout d’une vingtaine de minutes, sans jamais proposer de péripétie digne d’intérêt. Même les séquences d’aviation semblent timorées et plombées par la succession métronomique de plans larges (tirés des archives de l’armée) et de plans rapprochés sur les cockpits, le tout sans aucune unité esthétique. Ce raté dans la filmographie enthousiasmante d’un excellent cinéaste a tout de même trouvé son public en France lors de sa sortie en juin 1952 puisque 1 394 553 aviateurs se sont rués dans les salles obscures pour voler au secours de John Wayne. Le spectateur contemporain pourra passer son chemin sans regret aucun.
