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Les fables de Starewitch d’après La Fontaine - la critique

L’homme à fables

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- Durée : 1h10mn

Cette série de courts-métrages des années 20-30 prouve le génie d’un artiste qui a su allier humour, poésie et imagination débridée avec un rare bonheur.

L’argument : Les Fables de Starewitch d’après La Fontaine est un programme constitué de cinq films réalisés par Ladislas Starewitch entre 1922 et 1932. Il s’agit de : Le rat de ville et le rat des champs (1926), Les grenouilles qui demandent un roi (1922), La cigale et la fourmi (1927), Le lion et le moucheron (1932) et Le lion devenu vieux (id.) Cinq fables où l’on retrouve la fantaisie, l’humour, l’espièglerie et la tendresse de ce pionnier du cinéma d’animation, ainsi que ses différentes influences : La Fontaine, le Moyen âge, les contes...

Notre avis : Contraint à l’exil par la révolution russe de 1917, le réalisateur Stanislas Starewitch (1892-1965) a tourné la plupart de ses courts-métrages d’animation en France. Il fait partie des pionniers de l’animation image par image et parvient par cette technique à donner vie à des marionnettes toutes plus originales les unes que les autres. Son immense talent de conteur, sa capacité à animer des personnages hors du commun et son sens de la poésie lui valent aujourd’hui une immense réputation, amplement méritée.
Dans le programme proposé ici par le distributeur Les Acacias, on retrouve cinq courts métrages d’époques différentes dont le point commun est l’adaptation d’une fable de La Fontaine. Véritable trésor pour des créateurs tels que Starewitch, les si célèbres fables donnent l’occasion au cinéaste de laisser libre cours à son imagination débridée, tout en donnant quelques leçons de vie à ses concitoyens. Si l’ensemble du programme est exaltant, on ne peut s’empêcher de jouer au jeu des préférences. Nettement au-dessus des autres courts, on trouve tout d’abord, Les grenouilles qui demandent un roi (1922) où le cinéaste se fait l’écho des réflexions politiques de La Fontaine sur la stupidité des masses, mais également sur les impasses de la monarchie. Le tout bénéficie d’un humour noir profondément jubilatoire davantage marqué que dans les autres courts proposés.
D’un excellent niveau, les deux courts mettant en scène le roi Lion (tous deux de 1932) valent le coup d’œil pour les trognes craquantes de tous les petits personnages et pour son humour décalé (le moustique facétieux, l’éléphant volant). On reste également à un niveau d’excellence remarquable pour Le rat de ville et le rat des champs (1926) qui a clairement inspiré le Fantastic Mr Fox de Wes Anderson. Que ce soit dans l’esthétique des rongeurs ou encore dans les trouvailles visuelles, les liens entre les deux œuvres sautent immédiatement aux yeux. Enfin, on est moins convaincu par la structure narrative adoptée pour La cigale et la fourmi (1927) dont on admirera essentiellement l’esthétique.
En apparence destiné aux enfants, ce programme doit impérativement faire l’objet d’une attention particulière de la part des cinéphiles férus d’animation. Certes, les différents courts ont des histoires simples, mais la richesse esthétique de ces œuvres fondatrices est à (re)découvrir de toute urgence. Le petit documentaire de trois minutes qui nous montre Starewitch en plein travail donne un aperçu très pédagogique de la somme monstrueuse de travail que demandait la conception de tels films. Assurément, Starewitch a su utiliser les bienfaits de l’artisanat au profit d’une vision d’artiste. Précieux.

La bande-annonce : ICI

Virgile Dumez

Le choix du rédacteur


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