Une fausse biographie, romanesque à souhait, mais pas toujours inspirée. Le fantôme de Forman en quelque sorte.
L’argument : A la fin du XVIIIe siècle, alors que le royaume d’Espagne subit les derniers sursauts de l’Inquisition et que les guerres napoléoniennes bouleversent l’Europe, le frère Lorenzo, impitoyable inquisiteur, s’en prend à Inès, la muse du peintre Francisco Goya. Abusivement accusée d’hérésie, Inès se retrouve emprisonnée. Pour Goya, c’est le début d’une période qui changera sa vie et son œuvre à jamais...
Notre avis : Voilà maintenant plus de quarante ans que le cinéaste Milos Forman caressait l’espoir de porter un jour à l’écran la vie et l’œuvre de Francisco Goya. Impossible à monter du temps de l’emprise soviétique, le projet a ainsi traîné durant longtemps avant de prendre forme il y a quelques années grâce à la précieuse collaboration de Jean-Claude Carrière, scénariste émérite et éclairé. Leur première décision commune fut de ne pas faire de Goya le héros central du film, mais de le confronter en tant que témoin à une situation fictive qui pourrait expliquer une grande partie de son œuvre à venir. Car bien plus qu’une simple biographie académique et appliquée, les auteurs ont voulu avant tout brosser le portrait d’une Espagne troublée par les soubresauts de l’Histoire. Fidèle à sa défiance naturelle envers toute forme d’autorité ou de dogme, Forman stigmatise ici les abus de pouvoir commis par l’élite, quelle qu’elle soit, sur une population obligée de subir les errements politiques de ses dirigeants. La période révolutionnaire et napoléonienne en fournit une illustration idéale, passant sans transition de l’intolérance religieuse à la répression des ennemis de la liberté. Très à l’aise dès qu’il s’agit de se moquer des inquisiteurs et des dogmatiques, Forman ridiculise l’Eglise pour notre plus grand plaisir, mais malheureusement en faisant fi de toute nuance.
Empesé par une mise en scène trop classique, Les fantômes de Goya n’est assurément pas le meilleur film de son auteur. Ce n’est ainsi qu’au détour de quelques scènes - comme le repas chez la famille Bilbatua au malaise communicatif ou lors des plongées dans les geôles putrides de l’Inquisition - que l’auteur d’Amadeus (1984) retrouve le souffle libertaire propre à son cinéma. Le reste du temps, il se contente de mettre en scène sans imagination un scénario plutôt robuste, mais versant régulièrement dans un romanesque quelque peu outrancier. On note également quelques petites fautes de goût dont une musique bien trop emphatique, ainsi que la présence d’une Natalie Portman parfois ridiculisée par un maquillage un rien too much. Enfin, si certains plans sont clairement des hommages directs à la peinture du maître espagnol, la photographie de Javier Aguirresarobe peine à nous évoquer l’atmosphère délétère et morbide de ses toiles. Au final, Les fantômes de Goya est une œuvre appliquée, parfois drôle, occasionnellement émouvante et portée par l’interprétation nuancée de Javier Bardem. Un spectacle recommandable, mais en aucun cas à la hauteur des œuvres précédentes du maître tchèque.
