Accueil > Les réalisateurs > D > Diab, Mohamed > Les femmes du bus 678 - la critique

Les femmes du bus 678 - la critique

Etre une femme libérée, c’est pas si facile…

Acheter sur Priceminister

- Année de production : 2010

Dans la lignée d’Une séparation, ce tout premier long-métrage d’origine égyptienne évoque la condition des femmes musulmanes avec une rare intensité dramatique. Un incontournable de la saison cinématographique.

L’argument : Fayza, Seba et Nelly, trois femmes d’aujourd’hui, aux vies totalement différentes, s’unissent pour combattre le machisme impuni qui sévit au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons. Déterminées, elles vont dorénavant humilier ceux qui les humiliaient. Devant l’ampleur du mouvement, l’atypique inspecteur Essam mène l’enquête. Qui sont ces mystérieuses femmes qui ébranlent une société basée sur la suprématie de l’homme ?

Notre avis : Si l’année 2011 a été marquée par le succès inattendu d’Une séparation, pur bijou iranien qui nous plongeait dans le quotidien de femmes soumises par des hommes tout-puissants, le mois de mai 2012 pourrait bien être celui des Femmes du bus 678, gros carton au box-office égyptien. Ces deux œuvres ont effectivement en commun cette capacité à scandaliser à partir d’un thème similaire : la situation déplorable de la gente féminine dans des pays où le machisme est encore considéré comme une valeur positive. Le jeune cinéaste Mohamed Diab dont c’est ici le tout premier long-métrage en tant que réalisateur évoque sans fard le cas des agressions sexuelles de plus en plus fréquentes dans une société égyptienne sclérosée par des valeurs ancestrales en complet décalage avec les réalités de la vie quotidienne. Ainsi, les jeunes se marient de plus en plus tardivement à cause des difficultés économiques, mais ils n’ont toujours pas le droit d’avoir des relations sexuelles avant cette union sacrée. Cette situation a développé des frustrations de part et d’autre, entraînant une recrudescence des viols et autres attouchements dans les transports en commun.
Le film a le mérite de pointer du doigt un phénomène généralement passé sous silence dans un pays où l’omerta est la règle. Mohamed Diab s’est notamment inspiré du cas original d’une jeune femme qui fut la première à porter plainte contre son agresseur au risque de déplaire à son entourage et d’être stigmatisée par une société prenant toujours la défense des hommes. Afin d’équilibrer son propos, Mohamed Diab suit avec brio les destins de trois femmes de milieux et de croyances différentes qui finiront par lutter ensemble contre l’hypocrisie généralisée d’une société phallocrate. Autant dire que leur parcours est semé d’embûches et que tout est fait pour les réduire au silence.
Avec une redoutable efficacité, le cinéaste parvient à scandaliser le spectateur qui ne peut que compatir face au calvaire vécu par ces femmes. Dans la droite ligne du formidable Une séparation, Les femmes du bus 678 bouscule le spectateur, l’obligeant à prendre fait et cause pour ces victimes d’un système de valeur intolérant. Mis en scène dans l’urgence avec une caméra toujours instable, le long-métrage bénéficie d’une interprétation magistrale de l’ensemble du casting, mais aussi d’un montage imparable qui insuffle une tension palpable à chaque instant. Traversé de quelques traits humoristiques et de vrais beaux moments tragiques, ce film tourné peu de temps avant la révolution de la place Tahrir synthétise toutes les tensions qui se faisaient jour dans une société au bord de l’implosion. L’air de rien, cette œuvre militante en dit certainement plus long sur le malaise de la jeunesse égyptienne que tous les longs discours entendus depuis un an à propos de ce pays en pleine mutation. Assurément l’un des temps forts de l’année sur le plan cinématographique.

Virgile Dumez


Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis