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Les fourmis rouges - la critique

Se souvenir des moins belles choses

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- Durée : 1h30mn

Un premier long métrage formellement impressionnant et prometteur qui manque néanmoins d’incarnation et d’éclat dans son dénouement.

L’argument : Alex a 16 ans et vit seule avec son père Frank dans une petite bourgade isolée de la forêt ardennaise. Obligée de le soutenir depuis la mort accidentelle de sa mère, Alex se retrouve contrainte de grandir trop vite. Alors que Frank tente lentement de sortir de l’apathie dans laquelle il se trouve depuis la mort de sa femme, Alex ravive involontairement la douleur de son père, les plongeant tous les deux dans un monde ambigu où la frontière entre tendresse et désir devient fragile.

Notre avis : Beaucoup de promesses se profilent à l’horizon pour Stéphan Carpiaux après quatre courts et la concrétisation tardive de son premier long. Celui-ci, Les fourmis rouges, est au premier abord un petit film d’auteur à la portée narrative assez réduite, de ceux qui ont du mal à déplacer les foules et à trouver des écrans disponibles pour les accueillir. De ceux qui échappent au public de par leur rythme languissant et leur refus autiste de se plier aux canons commerciaux. Il est vrai qu’à ce niveau cette œuvre assez austère ne dérogera pas à la règle. Casting de seconds couteaux, ambiance tortueuse, construction autour d’une métaphore filée absconse (« ...les fourmis rouges qui lentement commençaient l’ascension de leurs corps »), elle ne s’offre pas facilement au premier venu. Pourtant il se dégage de cet essai des qualités essentielles à la naissance d’un grand auteur qui font que cet univers personnel mérite un coup d’œil avisé. Cinéaste avant tout visuel au goût prononcé pour les assemblages de couleurs et créateur d’ambiance trouble, Carpiaux s’approprie un style très chichiteux, certes, mais infiniment beau et prometteur quand on sait qu’il s’agit là d’un premier bébé. La finesse de sa réalisation et l’aisance de sa caméra provoquent des plaisirs esthétiques enivrants plutôt rares dans le panorama du cinéma français.
Mais, si cet essai est emballant, il n’est pas totalement abouti. Récit de névroses post mortem, Les fourmis rouges décrit un monde de solitude et de souffrance. Celles d’un père détruit par la mort de sa femme et de sa fille qui tente de la remplacer, et celles d’une vieille veuve castratrice au seuil de la mort qui s’acharne sur son fils adoptif qu’elle tente désespérément d’arracher au monde. Quatre personnages sans vie aux perspectives plus qu’incertaines, englués dans des relations troubles, voire perverses, que l’on sait destructrices. Le cinéaste se devait néanmoins d’aller un peu plus loin et d’offrir à son film un envol cathartique fort. Mais préférant le salut de ses personnages par l’apaisement des sentiments et des esprits, il esquive leur chute au lieu de choisir des voies plus sinueuses et plus torturées. L’ambiance de fable sourde et menaçante nourrie tout au long du métrage perd de son audace et de sa légitimité, nous renvoyant à la sempiternelle réflexion : « tout ça pour ça ».
Au final, Les fourmis rouges s’avère être un remarquable exercice de style, un brin tortueux et hypnotisant, brillamment interprété (mention spéciale pour la renarde Déborah François, bien partie pour devenir la nouvelle Natacha Régnier), mais frustrant dans son dénouement. Une œuvre froide toutefois attachante à découvrir en salle pour profiter abondamment de sa singulière beauté.

- Le test DVD

Frédéric Mignard


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