Très sexe, carrément politiquement incorrect, le passage des Kaira au cinéma a beau être une incessante succession de sketchs, on en ressort hilare !
L’argument : Mousten, Abdelkrim et Momo sont trois potes d’enfance qui ont toujours vécu dans leur cité de Melun. Casquettes enfoncées sur la tête et baskets aux pieds, tous les trois ont le même problème : désespérément célibataires, ils passent leurs journées à laisser s’écouler leurs vies, sans motivation ni ambition. Jusqu’au jour où ils découvrent une annonce dans un magazine porno qui propose un casting pour devenir une « Star du X ». En galère de filles et d’argent, la quête de ce qui leur semble être alors le meilleur métier du monde va se transformer en un parcours initiatique et devenir la plus importante aventure de leurs vies.

Notre avis : Le trio Franck Gastambide, Medi Sadoun et Jib Pocthier, connus pour leurs gags imparables dans la websérie Kaïra Shopping ont suivi les conseils de leur pote Matthieu Kassovitz et viennent se la jouer sur le grand écran. Ils se ramènent avec leur verve, leur argot des téci, un harem de meufs à la Shrek, et des gags de cassos qui pourraient faire pourrav n’importe où sauf chez eux ! C’est que dans le politiquement incorrect pas méchant pour un poil, les deux Kaira de la looze et leur pote nain sont des rois qui n’ont pas peur de faire la nique à la comédie populaire française qu’ils dynamitent jovialement, avec un environnement brutasse très cul et perverti à l’imagerie de la femme objet et du mec plus mec que vrai.
Dans un monde de déprave, ils jouent au benêts face aux grosses brutes, s’immisçant dans le porno pour approcher les deux pattes à gros seins et gagner de la thune en se la coulant douce. Pas de chance, le producteur incarné par François Damiens, avant l’embauche (et donc la débauche), leur demande une vidéo de leurs exploits bourre-bourre. Si possible le plus cochon possible. C’est que le gars produit des chefs d’oeuvre matures comme Les Mamies dans l’espace : pas le 7e ciel, non, juste l’engin de Renaud !
Comme les personnages de leur idole Judd Apatow (le modèle ici est Super
Grave), ils sont des candides largués dans un monde obscure mais plein de promesses féminines qui finissent toujours pas leur échapper ; ils sont chargés de bonnes intentions (celle de bourrer et filmer en moins d’un week-end) et contraints de se la péter comme des pitt’s, par mimétisme de quartier, pour s’attirer la bonne grosse femme qui leur ouvrira la porte de l’extase avec un grand X. Ces trois-là, s’insultant depuis le collège, prétendant ne pas se calculer et d’être de féroces bêtes du 77, sont surtout de drôles de numéros, hilarants de maladresse et de crétinerie dans leur langage fécond, mais alors très con. Penauds comme des boutonneux, puceaux (ou presque) comme des boloss, ils louvoient dans la honte de leurs maladresses alors que l’âge commence à grimper, dans une cité où rien ne bouge, ni l’hégémonie de la grande gueule jouée par le Kaira en chef local (Ramzy, à fond dans l’agressivité loufoque) et ni les perspectives sociales qui se limitent à profiter du R.S.A. du pote de petite taille.
Evidemment leurs déboires en boîte, face à une femme fontaine qu’ils avaient renversée en forêt et prise pour un sanglier, lors d’une battle de Rap, dans les orgies bourgeoises parisiennes ou encore face aux flics dépressifs (c’est que Madame se tape des blacks quand son mari est de patrouille la nuit), ressemblent probablement plus à une succession de sketchs qu’à un véritable long métrage, mais pourtant on ne trouve pas le temps long pendant la projo. Les trois comiques font toujours mouche dans leur gags décalés, même dans les milieux très glauques où ils viennent trébucher.
Moins une comédie grand public qu’une comédie d’un certain public et d’un certain âge, celui déluré qui ne s’offusque de rien, Les Kaïra mérite le détour par Melun.
